lundi 12 décembre 2011

"L'espérance du cardinal" RÉFUTATION N° 2-Partie I


«L’Espérance du Cardinal» ou l’Espérance trahie[1].
Réfutation du tome 2[2]              Par Jacques Camredon.



 « Si quelques erreurs se glissent dans cet ouvrage, c’est à moi seul qu’il faut les attribuer ; si, au contraire, la vérité s’y trouve convenablement exposée, j’en suis redevable à Dieu seul, l’auteur de tous les dons. » (« La vraie Religion » Saint Augustin Chapitre IX p.81)


Rien n’est plus trompeur que l’intitulé du Tome 2 des entretiens du Cardinal et de l’auteur qui signe, Olivier Le Gendre. Plus encore que le Tome 1 (« Confession d’un cardinal») c’est une véritable anthologie de griefs et un cortège de reproches, contre l’Église, qui se succèdent tout le long des 315 pages du libelle, sans l’ombre d’un début d’Espérance théologale[3]. Dès le titre nous voici donc plongés dans la duperie.
Ce Tome 2, moins construit, plus foisonnant est aussi plus malaisé à mettre en procès car il déborde d’accusations éparses qu’il faut tenter de regrouper en grands thèmes pour en faire l’analyse systématique. Sont amoncelés des faits (faussés), des opinions (toujours négatives), des évènements historiques (captieux) sans souci de synthèse. Il conviendra, par nécessité d’être efficace dans la réponse, de s’efforcer de rapprocher des éléments épars en les soumettant à des sujets communs plus généraux.
Ce second tome parait donc moins organisé que le premier où des thèmes importants faisaient l’objet d’une construction suivie et développée amplement avec leur unité logique. Chaque chapitre du premier tome constituait, en quelque sorte, un réquisitoire structuré sur un sujet concret traité pleinement. Ici la thématique est éclatée, avec des reprises éparses tout au long du livre, si bien que pour unifier et clarifier la réfutation il faut fouiller au fil des pages afin de réunifier les sujets.
J’ignore si cela constitue un parti pris délibéré de l’auteur ou la conséquence d’un défaut de méthode dû à l’épuisement et donc la redite des griefs après la lourde charge du premier tome.
La vérité est cependant que le résultat est redoutable car le surgissement soudain, à l’improviste, d’accusations déjà portées puis leur retour récurrent à plusieurs encablures de distance, avec un caractère réitéré, mais sous une autre forme, produit un effet de sidération, de charme, de suggestion qui convoie –par la force de la répétitivité- une forme d’accablement et de persuasion clandestine.
La méthode de la dispersion tente enfin d’éviter l’écueil d’une thèse élaborée et doctrinaire qui présenterait le risque de rebuter, par son caractère académique, certains lecteurs. Le foisonnement d’anecdotes et de jugements disséminés évite de tomber dans le bloc compact doctoral.
Tout cela sent bien, néanmoins, la construction en vue d’une finalité évidente : la remise en question de l’Église sous mille prétextes qu’il faut donc sonder, démasquer et critiquer.
Deux traits m’ont frappé dans ce second livre :
·      Olivier Le Gendre y occupe une place éminente, éclipsant l’Éminence, exposant plus volontiers son opinion, intervenant plus souvent et de façon plus détaillée, poussant toujours dans le sens le plus subversif; il est, ici, l’agent actif des sujets débattus. En un sens, il dévoile son rôle de protagoniste opératif de cette charge parfois frénétique contre l’institution, l’histoire et la doctrine morale de l’Église. Le Cardinal s’efface, demeure un protagoniste secondaire ; il ne reste de lui que le rictus fugitif, comme celui du chat du Cheshire dans Alice au pays des merveilles dont on voyait encore le sourire après que lui-même eût disparu.
·      Au terme du livre, cependant, son identité n’est toujours pas connue. On est, il faut l’avouer, interloqué par cette gaminerie inutile, ce jeu de cache souris qui n’ajoute rien au débat. Le texte est dépourvu des (faux) indices du premier tome destinés à aiguiser la curiosité du lecteur…et à l’égarer. Nous ne saurons donc toujours pas QUI est cet anonyme mais  prolixe et acerbe prélat (surtout dans le premier tome); au demeurant quelle importance ? le personnage s’estompe, la critique reste, c’est elle qu’il faut critiquer.
Cependant, les deux observations que j’ai relevées m’induisent à  souligner un aspect capital de l’affaire : j’en dirai plus loin mon point de vue.
Le poids des mots, le choc de la photo.
« Notre raison nous dira pourquoi l’aviron, si droit qu’il soit, paraît brisé dans l’eau, et pourquoi l’œil doit ainsi l’apercevoir…Il est donc manifeste que, autant la vie des sens l’emporte sur la matière, autant la raison s’élève au-dessus de toutes les deux. » St Augustin (« La vraie religion » C.XXIX).

« Il est de droit naturel de défendre l’Église, même dans les choses qui ne sont pas obligatoires » St Vincent de Paul (lettre du 25 juin 1648)

Avec O. Le Gendre, ça commence très fort !
Car c’est avec un procédé de perfide journaliste de propagande que l’on entre, en fanfare si j’ose dire et de plain pied, dans l’image choc qui prétend, comme un prisme optique interposé, nous imposer une grille de lecture pour toute la suite : dès la page 31 nous sommes en effet confrontés au rapprochement scélérat d’une photo du Time avec les réfectoires d’enfants malades. Un procédé émotionnel de vulgaire Paris Match dont les « unes »sensationnelles font toujours la réputation de bas magazine people et démagogue.
O. Le Gendre rapporte donc un cliché « s’étalant sur trois colonnes » présentant au Vatican « une table dressée…Une grande nappe blanche, aux plis subtilement disposés[4]…quatre verres, une assiette ronde de grand diamètre en riche porcelaine, une large serviette blanche, trois fourchettes, deux couteaux…des sièges recouverts de velours marron, le fauteuil du pape avec accoudoirs et plus haut dossier…en arrière plan, des marches de marbre et un mur richement décoré…trois cardinaux  en soutane aux parements et aux trente-trois boutons pourpres…Une table de princes[5].»(p.31 & 32).
Description adroite, à finalité ravageuse  par accumulation de précisions neutres par elles même mais qui portent, ensemble réunies, l’idée de faste et de luxe déplacé. Page 229, Le Gendre repasse une nouvelle fois les plats –si j’ose dire- en parlant de « table princière du pape ».[6]
Donc, « entre cette scène de luxe et celle des réfectoires des enfants malades et des personnes avec handicap pour illustrer l’idéal chrétien, je n’aurais guère d’hésitation » et il conclut « j’ai changé de camp[7]. C’est à vous [cardinal] que je le dois ».
Cette image va constituer pendant tout le second livre la grille de lecture déformante qui va trahir les faits relatifs à la vie de l’Église ; elle reviendra, sous-jacente, dans toutes les accusations contre la richesse, synonyme et compagne du pouvoir de l’institution catholique. (p.185-186-209-213-229-231).

La description vétilleuse, énumérative, entassant les images symboles –ou prétendues telles[8]- veut imposer l’idée de RICHESSE à travers des épithètes connotés à obtenir cet effet. Et forcer de la sorte l’opposition avec la déréliction juxtaposée délibérément afin de créer l’effet repoussoir désiré, facile, fabriqué.
 Comble de la mauvaise foi et du rapprochement manichéen visuel qui condamne automatiquement et moralement l’un des termes, choisi pour cela même, pour être discrédité, déshonoré, flétri donc disqualifié.
Procédé facile qui produit inexorablement son effet, mépriser l’un et le délégitimer pour sa superbe qui côtoie le faible.
Le caractère outré et artificiel de la superposition simultanée de deux images contradictoires, leur voisinage, engendre le sentiment de scandale, de faute morale, de dureté de cœur ; rien n’est plus délibéré, voulu, calculé, tactique de base de journaliste éprouvé qui suscite l’indignation par l’opposition de deux situations antinomiques contigües.


Et pourtant image et procédé sont radicalement fallacieux et trompeurs car le cliché d’une table dressée, fut elle somptueuse ne veut strictement RIEN dire : Tout le monde sait l’immense pauvreté, charité et dévouement aux miséreux jusqu’à l’exténuation de Saint Vincent De Paul, aumônier général des galères, fondateur des Gardes des pauvres en 1633, des Filles de la Charité, de l’hôpital des Enfants Trouvés, de l’hospice pour personnes âgées qui deviendra l’Hôpital de la Salpêtrière. C’est grâce à la riche Mme de Gondi qu’il pourra fonder la Congrégation de la mission. Puis il sera confesseur de la Régente Anne d’Autriche après avoir assisté dans ses derniers moments l’agonie du Roi Louis XIII qui mourut dans ses bras. C’est dire si, pauvre parmi les pauvres, Vincent De Paul fréquenta les puissants- sans y perdre son âme, ni renoncer à sa pauvreté-. Si un paparazzi d’alors, muni d’une caméra avait saisi un dîner mondain avec le Saint à la table des Grands, nul doute qu’un Le Gendre d’alors[9] n’eût pointé les larges assiettes, les couverts d’argent, les marbres et les fauteuils de velours, les chandeliers rutilants, les vêtements de gloire etc.…De ses fréquentations, St Vincent en fut il moins brûlant de charité, perdit il sa sainte pauvreté, fut il vaincu par la vanité et l’orgueil ?
La réponse est connue ; elle condamne le faux procès du faux prophète, Savonarole de notre temps : « méfiez vous des opinions éthérées, elles côtoient souvent les mœurs les plus ténébreuses » (Montaigne).

L’auteur  ne s’est même pas posé la question de l’authenticité du cliché publié, illustrant l’article du Time sur la situation de l’Église. Nous avons pourtant été suffisamment témoin de procédés de désinformation, de mensonges délibérés, de montages sans vergogne, d’images truquées ou de faux rapprochements indus auxquels le journalisme nous a accoutumé.
Donnez moi une image forte quelconque, accolée à une situation quelconque opposée, je vous émeus et vous indigne à coup sûr. La méthode est infaillible, mais malhonnête et artificieuse.

Mais au-delà de cette possible éventualité du trucage grossier, la question qui voulait être dramatiquement posée pour ébranler la confiance des fidèles catholiques est celle de la richesse  de l’Église quand tant de pauvres subsistent dans le monde.

La question ainsi posée est elle originale ? Elle l’est au même titre que sont immémoriales les hérésies et les prétentions de réformes de l’Église.
 Est-elle nouvelle ? Elle est nouvelle comme la révolte, comme le péché, comme la contestation, comme l’éternelle imperfection de l’homme créé.
C’est dès l’Antiquité, tout au long de Moyen Âge, durant la Réforme luthérienne et jusqu’à nos jours que la question  de la richesse de l’Église fut agitée comme agent de désagrégation du catholicisme et de contestation de l’Église du Christ. Ce fut toujours une des principales objections, car démagogique et explosive, contre l’Institution divine de l’Église, vieille comme l’Église même, consubstantielle à son être, connaturelle à sa constitution humaine.
O. Le Gendre à travers une table dressée n’a vu que la somptueuse richesse, sans s’interroger, au-delà des apparences matérielles de la magnificence, sur l’état d’esprit et d’âme des acteurs de la scène. Car la richesse ni l’ascétisme ne sont dans les objets extérieurs qui peuvent n’être que faux semblants, mais dans les dispositions spirituelles intérieures qui seules comptent et que Dieu pèse, Lui seul. A ce titre notre auteur commet donc aussi une grande faute car il juge sur les apparences mondaines pour en inférer une faute morale. C’est une grande marque de Pharisien tout à l’affût de la façade. Notre Seigneur n’a- t- il pas Lui-même, en quelque sorte, justifié cette table splendide quand il nous a dit : « Mais toi, lorsque tu jeûnes, parfume ta tête, et lave ton visage afin de ne pas faire voir aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père, qui est présent dans le secret; et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. »(Matthieu 6 :17,18) Comme nous en avertit St Augustin (citation ci-dessus) M. Le Gendre voit le bâton comme brisé dans l’eau par la réfraction et ne va pas au delà par la raison et par la foi en l’Église. En cela il est très coupable.
La paille et la poutre.
Pourtant il eût dû se souvenir de sa propre expérience personnelle vécue avec le même cardinal et rapportée dans son premier tome: voici nos deux convives soupant dans un restaurant romain dont la description rejoint en tous points le luxe décrié chez le Pape : « hauteur de plafond impressionnante, les murs sont chargés de moulures, et les plafonds sont peints de fresques où des angelots joufflus à la chair exagérément rose se contorsionnent dans des décors champêtres » (page 32 tome 1). Cependant « je m’étais retrouvé avec une triste aile de poulet rôti, servi sous une sauce épaisse et figée, accompagnée de pommes de terre sautées un peu mollespauvreté de la cuisine[10]. » Donc, d’une part le luxe apparent et de l’autre un régime misérable.
Le Gendre s’est il posé la question une seconde de savoir si ce qu’il voyait dans le Time et qui le révulsait tant n’était pas que l’apparat cachant la vraie frugalité reconnue par tous chez notre Pape ?[11] Mais pour lui, comme toujours, l’explication pie ne vaut jamais pour l’Église ; carence d’Espérance, de confiance et de sens catholique marquent sans cesse tous ses préjugés.
Pire encore : quand on se targue de juger il faut être exempt du délit reproché aux autres. M. Le Gendre se souvient il encore de son second dîner avec le cardinal ? (pages 67 & 68 du premier tome). En guise de luxe et de sobriété, nous assistons ici, dans un célèbre et goûteux restaurant taverne typiquement romain à un repas peu continent : « Nous en étions à choisir notre repas. Il [le cardinal] hésitait entre les crostini et des gamberetti radicchio, puis entre une escalope milanaise et des spaghetti alla vongole. Je lui recommandais de choisir comme moi les gamberetti, lui faisant valoir que ces petites crevettes se mariaient agréablement avec le radicchio, variété de chicorée rouge , coupée en fines lamelles et assaisonné  au citron. Puis, je lui imposais quasiment les spaghetti, lui assurant que les vongole, sorte de petits clams, étaient toujours très frais ici et que la sauce pimentée au basilic leur donnait le caractère qui leur manquait à l’état naturel. J’étais un habitué de l’Antica Taverna…  Nos crevettes arrivèrent assez rapidement : larges assiettes[12] où le rose des crevettes jurait nettement avec le violet de la chicorée. Sur le plan du goût, en revanche, le mariage était parfait.»[13]
Enfin, je propose aux lecteurs de savourer  la lecture des pages 160 et 161 du 2° tome lui-même, qui anéantissent à leur tour le mauvais procès fait à la table du Pape par un juge pris en flagrant délit de riche table :
« Je m’étais en effet rappelé que mon cardinal, à l’époque où il résidait à Rome, avait été emmené plusieurs fois par des amis dans cet endroit chaleureux…et coûteux.                 Nous nous assîmes dans un coin isolé de la première salle, lui sur une banquette, moi sur une chaise. Il commanda une apple pie et un thé Earl Grey qu’il demanda accompagné de lait, seule fausse note dans notre connivence de l’après midi. J’optais pour un Tarry Souchong, très fumé, en me gardant bien d’en dénaturer le goût et le parfum par du sucre ou du lait, et je complétais la commande par une tarte au citron. Décidément, me dis-je avec ma mauvaise foi coutumière, il n’y a que nous, Français, pour savoir comment on doit boire le thé. »   Quand on pourfend la richesse des autres, on évite d’étaler la sienne.
On le voit, O. Le Gendre déteste chez les autres ce qu’il autorise chez lui. C’est la parabole de la paille et la poutre qui le juge.

Tout le monde comprend que la déplorable image de l’Église que veut donner l’auteur  dès l’entrée en matière constitue le motif dont tout le livre ne va constituer que la suite des variations. On en a évalué le ton, le fond et l’amère saveur, cela fait déjà pressentir ce que sera la suite. En effet, la côtelette suffit pour prévoir l’exécrable goût du chameau.

La richesse reprochée à l’Églises sera donc la principale question à traiter puisque c’est par elle, à travers une association d’images choquantes, que s’ouvre en force« l’espérance du cardinal ». C’est aussi ce thème récurrent qui court, serpente, s’impose tout au long du livre par allusions ou anecdotes ou illustrations sur les thèmes de la Cappa Magna, de la Tiare, des rituels liturgiques, de l’épisode, falsifié, de la visite de St François d’Assise à Innocent III (qui seront traités tour à tour).
La richesse de l’Église et sa légitimité feront donc l’objet du chapitre final car, on l’a compris avec le choc voulu de la photo du Time c’est cette question de la richesse qui sert de levier émotionnel forgé pour légitimer le réquisitoire implacable du livre.
Auparavant il faudra aborder des questions accessoires mais liées comme les relations avec le monde, l’organisation de l’Église en relation avec sa mission, sa prétendue centralisation mortelle et sa soi-disant gérontocratie, l’intégrisme, la faction organisée dont l’intrigue au sein de l’Église vise à la changer[14] !

L’Église et le monde.
Evangile St Matthieu 18 :7 « Malheur au monde à cause des scandales ! »
Evangile St Jean 14 : 16. « Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur, pour qu'il demeure toujours avec vous;
14 : 17.C'est l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point et ne le connaît point…
14 :27. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix; je ne la donne pas comme la donne le monde.
 14 :30. Je ne m'entretiendrai plus guère avec vous, car le Prince de ce monde vient et il n'a rien en moi. »
15 : 18. « Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï le premier.
15 : 19.Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartiendrait en propre. Mais parce que vous n'êtes  pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela, le monde vous hait. »
16 : 20. « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, tandis que le monde se  réjouira. »
16 : 33. « Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous avez des tribulations dans le monde,
    mais prenez confiance, j'ai vaincu le monde. »
17 : 9. « … Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que vous m'avez donnés; parce qu'ils sont à vous. »
17 : 14. « Je leur ai donné votre parole, et le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi-même je ne suis pas du monde.
15. Je ne vous demande pas de les ôter du monde, mais de les garder du mal.
16. Ils ne sont pas du monde, comme moi-même je ne suis pas du monde. »

Epître St Paul 1 Cor 1 : 20 « … Dieu n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde? »
1 : 27 « Mais ce que le monde tient pour insensé, c'est ce que Dieu a choisi pour
confondre les sages; et ce que le monde tient pour rien, c'est ce que Dieu a
choisi pour confondre les forts »
2 : 12 « Pour nous, nous avons reçu non l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de
Dieu
, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa
grâce. 
19 En effet, la sagesse de ce monde est folie devant Dieu »
11 : 32 « Mais le Seigneur nous juge et nous châtie, afin que nous ne soyons pas
condamnés avec ce monde. »

Epître 1 Jean 2 : 16 « Car tout ce qui est dans le monde, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, et l'orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais du
monde.
 5 : 19  Nous savons que nous sommes de Dieu
et que le monde entier est plongé dans le mal. »
  Le climat que l'on respire dans notre société n'est pas salubre, il est pollué par une mentalité qui n'est pas chrétienne, ni même humaine, parce qu'elle est dominée par des intérêts économiques, préoccupée seulement des choses terrestres et manquant d'une dimension spirituelle. Dans ce climat, nous marginalisons non seulement Dieu, mais aussi notre prochain, et nous ne nous engageons pas pour le bien commun.  (Benoît XVI discours prononcé devant les habitants de Serra San Bruno le 9/10/2011)

On le constate, les Apôtres, les Évangélistes, rapportant la doctrine de Sauveur en personne, accumulent les propos qui décrivent l’antagonisme radical de l’Église et du monde. J’ai pourtant abrégé les citations,  innombrables, du Nouveau Testament sur ce thème.
Entendons nous bien, ce qui est dénoncé sous le vocable « le monde » est le système formé par l’ensemble des doctrines, religions, philosophies, pratiques, mœurs, législations, gloires et rites qui séparent l’homme de Dieu[15], nient ou tripotent le surnaturel, exaltent l’homme humain, naturalisé[16], ne recherchent que le plaisir des sens et se  révoltent contre toute autorité légitime au nom d’une liberté affranchie de toute règle. Ce « monde » là le Christ Sauveur nous en a prévenus abondamment, il est l’ennemi du Salut. Et son prince en est le Démon.
En contrepartie, Jésus est bien venu pour « sauver le monde » c'est-à-dire tous les pécheurs que nous sommes, il est venu repêcher tous les hommes, les appeler à la conversion et à la grâce, par les sacrements qu’il institua pour la dispenser et dont il confia la clé à son Église catholique. Non, hélas, que tous les hommes fussent sauvés, mais tous sont appelés et le prix payé pour leur salut, infini, suffit à TOUT racheter ; il suffit de le vouloir.[17] Mais il faut le vouloir, et tous ne le veulent pas.[18]

C’est cette doctrine, catholique, qui fut toujours enseignée depuis les temps apostoliques.
Lisons ce qu’en disent l’auteur et l’anonyme cardinal.

« …Ceux qui jugent que l’Église est en retard sur son temps » p.64
« …être plus en phase avec ce qui se vit réellement » p.66
« …c’est la manière d’exprimer de façon audible par nos contemporains  la Vérité avec un grand V qui constitue la priorité » p.134
« Je crois que le gouvernement de l’Église aurait beaucoup à gagner s’il se mettait  à suivre cette attitude : prendre le temps d’une pensée flottante, ouverte à ce que lui dit la société » p.146
«  Je me souviens d’une conversation avec vous, Éminence. Vous m’aviez dit que la place de l’Église est d’être à genoux aux pieds du monde et non pas de siéger sur un trône de puissance. »[19] p. 226

C’est bien d’un renversement de la foi qu’il s’agit puisqu’ici, le monde enseigne et l’Église est enseignée. Avec les mots stéréotypés habituels mille fois répétés par les militants de cette cause qui culbutent l’ordre surnaturel des choses nous retrouvons l’antique, le vieux, le revenant naturalisme de toujours, modernisme éculé, hydre renaissante car toujours ranimée par « celui qui nie ».[20]
Nouveauté ? Plutôt vieillerie récidivante, résurgence de Lamennais, de modernisme et de Père Congar[21] : il faut détacher l’Église du monde chrétien, des conceptions médiévales de la religion et de la société que les grandes révolutions de notre âge ont dépassées.[22]

Ils veulent rattraper le retard sur leur temps, être en phase, ouverts à ce que dit la société ?
Aveugles ! Sourds ! Les voici les signes du monde, toujours  tels que Saint Paul les montre, inchangés, stables dans leur sédition, appelant Bien, le Mal, et Mal, le Bien :
« remplis de toute espèce d'iniquité, de malice, de fornication, de
cupidité, de méchanceté, pleins d'envie, de pensées homicides, de querelle, de
fraude, de malignité, semeurs de faux bruits,
 calomniateurs, haïs de Dieu, arrogants, hautains, fanfarons, ingénieux au
mal, rebelles à leurs parents,
 sans intelligence, sans loyauté, implacables, sans affection, sans pitié.
 Et bien qu'ils connaissent le jugement de Dieu déclarant dignes de mort
ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais encore
ils approuvent ceux qui les font.
 » Épître aux Romains  1 :29 à 32 .

Être en phase avec le monde tel qu’il est c’est capituler sur la vérité, sur les vertus chrétiennes, c’est dissoudre l’Église pour la noyer dans le magma mondain. Si vous voulez satisfaire le monde, lui complaire, le flatter, le caresser, il n’exige qu’une petite concession, un petit rien, un détail, une vétille.
Il ne veut plus que vous lui parliez de la CROIX.
A ce prix il vous accordera TOUT : honneurs, gloire, applaudissements, places et pouvoirs ; il vous ouvrira même en grand ses lupanars et ses palais et vous entrerez gratis, repus.
Vous AUREZ tout, vous ne SEREZ plus rien.
« Ils ont écrit sur les frontons de leurs Temples : ici on est mieux nourri qu’en face, et ils s’étonnent de recueillir des ventres à la place des cerveaux » Bernanos.
Le monde veut votre Être en échange de son Avoir. Échange perfide et illusoire car la Croix reste, pendant que le Monde roule.

Sommes-nous disposés à cette reddition aussi vaine que couteuse. Car elle nous coûte la vie éternelle et ne rapporte qu’un éphémère plaisir : « Volupté, fantôme élastique » (Baudelaire).
« Une âme vaut plus que le monde entier : elle vaut le sang d’un Dieu, elle est d’un prix infini ; et tous les jours on donne son âme pour la moindre chose du monde ! Ne soyez pas de ces insensés. » Père de Dreux OFM (« Méditations ascétiques »).

Saint Augustin dit des Princes des prêtres du Sanhédrin qui condamna Notre Seigneur : « Ils voulurent garder leur puissance et ne pensèrent point à la vie éternelle, et ils perdirent ainsi l’une et l’autre ».

S’agenouiller aux « pieds du monde » ? Mais c’est l’ultime  tentation Satanique du désert que Jésus réfuta catégoriquement :

St LUC 4 : 5 « Et l'ayant élevé, le diable lui montra en un instant tous les royaumes de la terre,
6 et le diable lui dit : " Je vous donnerai toute cette puissance avec leur
gloire, car elle m'a été remise et je la donne à qui je veux.
7 Si donc vous vous prosternez devant moi, elle sera toute à vous. "
8 Jésus répondant lui dit : " Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu,
et tu ne serviras que lui seul.
 » St Matthieu ajoute : «  Alors le diable le laissa, et voilà que des anges s'approchèrent pour le servir » (4 :11). C’est quand ils refusent l’hommage au monde que Dieu réconforte les siens. Retenons cette leçon.
Lors du Lavement des pieds, Jésus ne s’est pas agenouillé aux pieds du monde, il s’est agenouillé devant ses Apôtres et eux se prosternaient devant LUI.

Une pensée flottante ?  Quelle pensée digne de ce nom peut se satisfaire de l’instabilité, de l’irrésolution  ainsi proposées ; la pensée est faite pour conclure dans la vérité et s’enraciner, ferme, dans la certitude. La foi n’est pas indécise, garantie par sa source divine de l’assurance de ne pas errer. Une pensée flottante, mouvante, indéterminée, errante, « dans le vent » : ambition stupide de la feuille morte d’automne !
« Comment penser avec des concepts mous et incertains ? »[23]
L’opposé de la pensée flottante ? Jésus Christ : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non. Tout le reste vient du Démon » St Matthieu 5 :37.
Être à genoux aux  pieds du monde ? Idolâtrique inversion déjà proposée au Christ Seigneur par le Prince de ce monde lors des quarante jours au désert. La réponse du Fils de Dieu, terrible pour les adorateurs du monde, suffit : « Retire-toi, Satan; car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu Le serviras Lui seul.» St Matthieu 4 :10.
La leçon finale de cette apostasie refusée est démonstrative et exemplaire : « Alors le diable le laissa » (St Matthieu 4 :11). Seule une conviction ferme remporte la victoire. Le seul moyen de triompher de la tentation ? Ne RIEN lui concéder.[24]
L’agenouillement  aux pieds fourchus du monde est la plus grande impiété actuelle, c’est l’érection du mondialisme (en tant qu’adoration du monde, manifestée par la prosternation[25]) comme religion panthéiste de l’ordre naturel sur-naturalisé pendant que l’on naturalise l’ordre surnaturel. Cette confusion eschatologique des deux ordres manifeste la confusion mentale de l’humanité déchue. C’est le retour à la tentation originelle du jardin d’Eden où il est promis à l’homme « vous serez comme des dieux », la Rechute. C’est le contrepied du précepte de St Paul  en  Philippiens 2 :10 «  afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et dans les enfers ». C’est enfin la contradiction avec la recommandation du pape Benoît XVI : « Pour réaliser sa mission, l´Eglise doit prendre continuellement ses distances par rapport à son milieu, elle doit, pour ainsi dire, se démondaniser L’Église doit toujours de nouveau faire l’effort de se détacher de la mondanité du monde ». (Discours de Fribourg devant les catholiques allemands 25 septembre 2011).[26]
Le Christ n’est pas venu pour servir le monde mais pour le sauver.
Comment l’Église pourrait elle remplir sa mission d’évangélisation, répondre à l’injonction finale du Seigneur « Allez, enseignez toutes les nations…. »si, semblable à lui et diluée dans le monde, imprégnée dans son être des antivaleurs de celui-ci elle ne lui tendait que le miroir de sa propre image ? Pour enseigner il faut, c’est le bon sens, apporter une doctrine distincte, autre, en quelque sorte étrangère et nouvelle, inattendue, fascinante, roborative,  intelligible et digne d’amour ; une doctrine DIVINE, à l’opposé de ce qu’est substantiellement le monde.
En convoyant  le mondialisme, l’œil fixé sur une chimère[27], Le Gendre renverse l’ordre des choses, mettant en haut ce qui est en bas et en bas ce qui est en haut. Cela se nomme une révolution quand le seul vrai besoin est la conversion.
Vous voulez réformer l’Église, réformez votre âme, avec la sainteté tout vous sera donné de surcroît : À la bienheureuse Mère Térésa il fut demandé un jour de dire quelle était, selon elle, la première chose à changer dans l’Église. Sa réponse fut : vous et moi !
                                                                                         « Alors Jésus parla aux foules et à ses disciples, en disant …Vous n’avez qu’un seul maître, le Christ » (St Matthieu 23 :1, 2,10)

Contradiction ou reddition ?

Comment ne pas déceler dans cette servilité consternante[28] envers le monde soit une contradiction étrange soit une connivence politique ou idéologique honteuse, camouflée.
Rappelons-nous, dans le premier tome, les propos acerbes et critiques du cardinal contre la (supposée) connivence de l’Église envers le monde sous Constantin empereur puis ces successeurs et envers les monarchies et institutions d’alors[29]. Il écartait donc, en ces temps, toute idée de pactiser avec le monde. Bien que ce monde, au moins partiellement et intentionnellement, mais  imparfaitement, fût de constitution chrétienne. On l’appelait d’ailleurs assez justement la Chrétienté.
Oh ! Tout n’y était pas si parfait, ni souvent si chrétien mais on le savait et l’on était lucide sur les imperfections et les écarts.
On n’avait pas la superbe, l’arrogance, la suffisance des temps modernes à l’utopie et l’autoglorification ravageuses. Et quelques vices qu’on eût ils demeuraient personnels, l’affaire de chaque âme. Aujourd’hui la société impose son DROIT vicieux, légifère contre les commandements, répand le poison de la luxure, de l’impudicité, de la violence morale et physique, de la corruption, de l’injustice, glorifie le laid, l’informe, le dénaturé. Expose le répugnant, prime le dégoûtant et l’abominable. Rembourse le crime et condamne l’objecteur. Subventionne le blasphème et élève l’impur aux plus hautes chaires. Justifie la guerre par le prétexte humanitaire –la pire des impostures- et dépouille le pauvre au nom de l’efficacité économique –la pire des hypocrisies-.
Et c’est ce monde là qu’il faudrait vénérer ?
Quel renversement de vapeur, si je puis dire.

Alors, Contradiction ?

Je ne le crois pas ; je penche plutôt pour le choix éclairé, instruit, délibéré ; choix idéologique et politique pour une certaine forme de société, société qui attire l’Église vers sa décomposition par osmose avec elle. Mariage de l’eau et du feu, absorption de l’une dans l’autre (au détriment de l’Église bien sûr). Phagocytose terminale de type maçonnique : La super Église mondialisée, âme du monde, gardienne du dogme des Lumières avec sa trinité profane liberté-égalité-fraternité.

« Penser selon le monde, c’est mettre Dieu de côté, ne pas accepter son projet d’amour, presque l’empêcher d’accomplir sa sage volonté. Le chrétien suit le Seigneur lorsqu’il accepte sa croix avec amour – ce qui apparaît comme une défaite aux yeux du monde, et une « perte de sa vie.»Benoît XVI angélus du 28 aout 2011.
C’est la clameur renouvelée du Calvaire que le monde jette à l’Église :
« Si tu es Fils de Dieu descends de la croix ! » St Matthieu 27 :40 .
Tel est le cri du monde.
C’est à cette complicité que nous invite « l’espérance du cardinal ».
C’est cette tentation, que Jésus surmonta  par amour pour notre salut, que  nous ne cautionnerons pas, par fidélité. Et que nous combattons, par devoir.
« Deux amours ont bâti deux cités : celle de la terre par l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, celle du ciel par l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi. L'une se glorifie en elle-même, l'autre dans le Seigneur. L'une en effet demande sa gloire aux hommes ; l'autre tire sa plus grande gloire de Dieu, témoin de sa conscience. L'une, dans sa gloire, redresse la tête ; l'autre dit à son Dieu : Tu es ma gloire et tu m'élèves la tête. L'une dans ses chefs ou dans les nations qu'elle subjugue, est dominée par le désir de dominer ; dans l'autre, on se rend service mutuellement dans la charité, les gouvernants en prenant les résolutions, les sujets en obéissant. L'une, dans ses puissants, chérit sa propre force ; l'autre dit à son Dieu : "Je t'aimerai, Seigneur, toi ma force. » — Saint Augustin, La Cité de Dieu, XIV, 28,1.
L’Église toujours accusée.
Le tome 2 ne faiblit pas, peut être même aggrave-t-il les calomnies contre l’Église qui se font légion avec un vocabulaire dépourvu de respect, de spiritualité, de sens ecclésial, comme pourrait être faite la critique d’un organisme civil humain quelconque, de sous préfecture. On y relève une inélégance persévérante dans les termes effleurant même la muflerie inconvenante. Et une complète ignorance – voire négation-  de la dimension surnaturelle de l’Église.

« La seule[30] question qui se pose aujourd’hui est la suivante : les gens peuvent ils avoir encore confiance dans l’Église sainte, catholique, apostolique et romaine ? »[31]
Page 24.
« La question qui se pose est la suivante, et c’est la seule qui compte aujourd’hui : est-ce l’institution, le message ou les deux, en lesquels les gens ont perdu confiance ? »[32] Page 25.
«Le fonctionnement de l’Église l’empêche de porter de manière crédible et sereine son message » page 38.

« Le gouvernement de l’Église a pendant trop longtemps promulgué des lois dénuées de compassion. » Page 103.

« -Éminence, nous avons tout de même un sacré problème de gouvernement dans notre Église.
-Oui, à l’évidence…nous réagissons toujours avec retard. » Page 123.

« Le Gendre : -J’affirme que l’Église est l’organisme au monde qui est le plus enfermé dans le cadre qu’il s’est fabriqué. Il reproduit.
Le Cardinal : -Qu’entendez vous par « il reproduit » ?
Le Gendre : -simplement qu’il est incapable d’imaginer d’autres manières de faire que les siennes. Il n’apprend rien ou pas grand-chose de ses erreurs passées et des pièges dans lesquels il est tombé. Il ne va pas voir ailleurs…Il est dans le cadre, prisonnier de ce cadre doré à l’extérieur et vermoulu à l’intérieur. » Page 145[33]

« Si l’Église est trop riche, elle peut offrir une religion de qualité, mais elle ne peut pas suivre le Christ. » Page 185.

« Une institution riche peut elle être un obstacle à la recherche de Dieu ? Riche dans ses  atours et ses avoirs, riche dans sa position de domination, riche dans la condescendance de ses attitudes, riche dans l’exercice de son pouvoir sur les consciences, riche dans ses relations avec les politiques… » Page 213.

« Je suis assez révolté par tout ce qui, dans le fonctionnement de notre Église, empêche les petites gens d’y trouver un lieu où abriter leurs espérance » Page 263.


Une remarque préalable me parait utile et digne d’intérêt : les blâmes ci-dessus, impitoyables, durs, injustes nous le verrons, qui flagellent et mutilent notre Église sont TOUS le fait d’Olivier Le Gendre. Je le faisais remarquer dans le prologue, Le Gendre est dans ce livre en première ligne, agressivement, sans retenue. Le Cardinal n’a d’autre rôle, généralement, que de pousser Le Gendre à développer sa pensée ou faire préciser un terme ambigu[34]. Cela ne peut que nous intriguer davantage, nous en reparlerons.
Une deuxième réflexion s’impose ici : le deuxième livre est beaucoup plus mordant et pugnace contre l’Église que le premier ; il semble que l’on passe à une vitesse supérieure dans l’offensive destructive où l’on dévoile une amertume inégalée, en des termes parfois malsonnants, outrés, caricaturaux. D’une certaine manière, la démesure est un signe de faiblesse et de retraite ; est ce parce que leurs espoirs de remise en cause et de subversion s’évanouit dans une Église fermement tenue par un Pape doux mais ferme et que fleurissent une foule d’indices de relèvement dans la fidélité à la doctrine ?
« Une force moyenne s’exprime par la violence, une force infinie s’exerce par la douceur.»[35]
An fond, pour condenser sans trahir la pensée de Le Gendre, l’Église n’apporte plus ni la Foi, ni l’Espérance, ni la Charité.
Mais que reste-t-il alors de Divin dans cette Église si elle renie les vertus fondamentales héritées de son Fondateur ?
Je le soulignais déjà dans ma première Réfutation, Le Gendre et son Cardinal ne reconnaissent plus dans l’Église un seul caractère inspiré, niant de fait l’assistance du Saint Esprit, âme de l’institution, et occultant son état d’Épouse du Christ, oublieux de la promesse d’inerrance et de fermeté dans la Foi.
« Ils vivent encore dans l’ombre de la foi mais ils n’en voient plus la lumière » Chesterton in L’homme éternel.
Le fond de leur méprise réside en deux erreurs graves, substantielles, sur la nature même de l’Église dont ils méconnaissent et sont incapables « de comprendre avec tous les saints quelle est sa largeur et sa longueur, sa profondeur et sa hauteur » (St Paul Ephésiens 3 :18)
·         Ils n’y reconnaissent pas sa nature divine, divine dans son Fondateur, dans son origine, dans sa doctrine, dans ses moyens de sanctification (notamment les sacrements), dans le miracle de  sa persistance dans la tribulation des temps, divine dans la dispensation de la sainteté et de la justice. Et donc divine jusque dans son fonctionnement, assisté, aussi, par la Providence.
·         Mais ils ne  se résolvent pas plus à sa nature humaine voulue par Dieu afin d’attirer les hommes en son sein ; ils cherchent une Église pure, sans tache, parfaite, dépourvue de défectuosités et de flétrissures : une Église de saints ou pire (si j’ose dire) une église d’Anges ; mais celle-ci aurait elle pu appeler les pécheurs ? Une église formée d’hommes pécheurs peut convertir des pécheurs, une église d’hommes coupables et égarés peut sauver des hommes perdus.
« Ce qui justifie l’existence de l’Église c’est que ses enfants soient des pécheurs et non qu’ils soient sans péché » Chesterton ibidem.
Au fond ils reprennent à leur insu l’éternel reproche des hérétiques au Rédempteur lui niant tour à tour la divinité et l’humanité. Et pourtant : « Pour être Sauveur il faut avoir un mérite infini ; mais pour mériter il faut être homme, et pour mériter infiniment, il faut être Dieu ». [36]
Ce qu’ils voient c’est une église aplatie, rapetissée, matérialisée, réduite à une étendue purement horizontale permettant de glisser le message sous la porte du monde, un monde idéalisé et divinisé[37] pour une église désacralisée. Il n’est pas étonnant que les imperfections inévitables résultant du format humain de l’église, mais exagérément grossies et considérées SEULES, leur apparaissent rédhibitoires, impardonnables et ontologiques, intrinsèques à l’organe ecclésial. Quand on ne voit en elle qu’une organisation universelle de compassion philanthropique et d’assistance sociale, évidemment on est fondé à la juger sur un mode sociologique profane dénué de tout sens surnaturel.
 Le double contresens réside dans la négation de l’œuvre et des marques de Dieu permanentes au sein de l’Église en même temps qu’on lui impute ses insuffisances humaines.

Avec, disons le fortement, des inexactitudes et des outrances méchantes et déraisonnables :

-« l’Église a pendant trop longtemps promulgué des lois dénuées de compassion ». J’ai montré dans la 1° Réfutation tout ce que la société depuis des siècles devait à l’œuvre charitable historique de l’Église (« Les bienfaits catholiques » page 14) ; on s’y reportera pour juger de l’injustice délibérée de ce préjugé digne des pires anticléricaux.
-« J’affirme que l’Église est l’organisme au monde qui est le plus enfermé dans le cadre qu’il s’est fabriqué. » Plus enfermé que le Parti communiste chinois ? Que le parti communiste cubain ? Que le parti communiste nord coréen ? Que les loges maçonniques couvertes par le secret et que leurs doctrines ésotériques à la symbolique obscure et magique ? Plus enfermée que les sectes Bouddhistes ou Hindouistes avec leur cortège de dieux inquiétants, mi-hommes mi-bêtes, à la doctrine sibylline et parfois sanglante, ténébreuse ? Plus enfermée que les banques d’affaires aux spéculations énigmatiques dont on ne connait que les couteux désastres publics ? Plus enfermée que les églises évangéliques américaines fondées sur la collecte éhontée du fric et leurs agiotages boursiers ? M. Le Gendre  et son Cardinal ne seraient-ils pas, eux surtout, « enfermés » dans une aventure obscure et cachée, trame dont nous entrevoyons quelques lueurs échappées d’une prudence en défaut ? [38]

« Certains regardent l'Église en s'arrêtant sur son aspect extérieur. L'Église apparaît alors seulement comme l'une des nombreuses organisations qui se trouvent dans une société démocratique, selon les normes et les lois de laquelle le concept «Église » qui est difficilement compréhensible en lui-même, doit ensuite être jugée et traitée. Si on ajoute encore à cela l'expérience douloureuse que dans l'Église, il y a des bons et des mauvais poissons, le bon grain et l'ivraie, et si le regard reste fixé sur les choses négatives, alors ne s'entrouvre plus le mystère grand et profond de l'Église.
Par conséquent, ne sourd plus aucune joie pour le fait d'appartenir à cette vigne qui est l'« Église ». Insatisfaction et mécontentement se diffusent, si on ne voit pas se réaliser les propres idées superficielles et erronées sur l'« Église » et les propres « rêves d'Église » ! Alors cesse aussi le cantique joyeux « Je rends grâce au Seigneur qui, par grâce, m'a appelé dans son Église », que des générations de catholiques ont chanté avec conviction. »
Homélie de la Messe de Benoit XVI  stade de Berlin, devant 80 000 personnes. 22 septembre 2011
Page 12 Le Gendre écrit encore : « Cette Église, notre Église, Éminence, donne tellement l’impression d’être à la remorque de l’Histoire qu’elle pourrait bien en finir exclue. »
On veut dire sans doute par là que l’histoire humaine est toujours décalée vers l’avant ce qui finira par bannir l’Église de cette histoire. On ne s’interroge donc même pas sur le danger, pour le monde, d’être, LUI, séparé de l’Église en courant toujours plus frénétiquement, plus aveuglément, plus éperdument,  vers l’avant. L’avant ? Sait-il ce qu’il va trouver, en avant ? « un avenir radieux », « un horizon de rêve », « un lendemain qui chante », « une société parfaite » ? Autant d’utopies meurtrières que  l’on découvre, en parvenant en « l’avant », le XX° siècle en a été empli et empoisonné. Bossuet disait déjà il y a plus de trois cents ans : « les mondains courent à la servitude par la liberté… » & « Les hommes courent à la perdition par des chemins bordés de fleurs ». « L’avant » ? Écoutons Simone Weill : « avenir, combleur de vide, avenir, substitut de l’Éternel ».
Il y a bien longtemps que l’Église est exclue de l’Histoire, c’est même elle seule qui s’en est exclue délibérément quand elle a été fondée sur et par un Dieu éternel. Car l’éternel n’est ni avant ni derrière l’Histoire, IL EST AU DESSUS.   Et il la juge !
En l’ignorant Le cardinal Le Gendre démontre son incompréhension de l’essence de l’Église et de l’insignifiance, au regard de Dieu, de l’Histoire séparée de l’Église.
Quant au fait qu’elle soit « riche dans l’exercice de son pouvoir sur les consciences » je crains que ne soit pas mesuré à sa juste expression, ce qu’est l’effroyable pouvoir sur les consciences qu’exerce le monde actuel avec ses moyens de persuasion clandestine[39], de manipulation psychique par les media, de martèlement de thèmes dominants, de désinformation organisée, de publicité obsédante et intrusive dans le cœur même des familles et des personnes, de contrôle des pensées par les écoutes de nos téléphones, ordinateurs, courriers, échanges, achats et modes de vie. Dans ce domaine de la possession furtive mais implacable de nos consciences, le Diable fait toujours plus que le Bon Dieu, car l’un s’incline devant notre volonté et l’autre la capture pour l’asservir, par séduction, par mensonge ou par viol.
Sur le thème de la « richesse » obstacle au message du Christ nous réservons un chapitre complet ultérieur ; nous verrons alors la mauvaise foi et la fausse querelle s’échouer sur la vanité et la vieillerie de cette accusation.

Le centralisme de l’Église.
« L'inexorable histoire repousse les systèmes les plus ingénieux, lorsqu'ils ne sont pas appuyés sur des documents authentiques. »
CHATEAUBRIAND.

La parole est maintenant au Cardinal sur un sujet ou il se veut expert, l’histoire de l’Église : « Excusez moi, vous connaissez mon penchant pour l’Histoire et les enseignements que l’on peut en tirer » page 207.
 Nous l’avions surpris dès le tome 1 –malgré sa prétendu expertise historique- en grande faute d’analyse et en outrance de conclusion. Il y ajoute souvent la forgerie du récit, voire la restitution inexacte des textes comme il sera démontré plus loin. Ici, pour le cas, c’est à une extension injustifiée et imaginaire que nous aurons droit.
Il nous conte l’histoire du royaume Khmer qui prospéra du IX° au XV° siècle. Le Cardinal nous narre la grandeur, la beauté, l’immensité de la capitale Angkor dont ne subsistent que des ruines imposantes et touristiques rongées par la jungle. Sa leçon est : l’hypertrophie de la ville capitale ayant anémié et asphyxié l’empire Khmer, aspiré ses richesses et paralysé ses forces a provoqué son effondrement inexorable et catastrophique. Bien sûr, identiquement, l’Église trop centralisée, bureaucratisée à Rome va prendre le même chemin et débiliter, épuiser puis ruiner son universalité. L’apologue est d’apparence persuasif. Mais FAUX et inapproprié.
D’abord le Cardinal, comme à l’accoutumée écrit l’histoire à sa manière. Les vrais historiens l’écrivent tout autrement :
« La civilisation khmère avait appris l'art d'apprivoiser les déluges saisonniers de l'Asie du Sud-est, en stockant l'eau dans d'immenses réservoirs (appelés baray) pour éviter les inondations et la restituer en période de sécheresse. Mais elle perdit le contrôle de l'eau, la plus vitale des ressources, entraînant ainsi son déclin. Des sécheresses sévères et prolongées, ponctuées par des pluies torrentielles, auraient anéanti le système hydraulique.
Le pouvoir se déplaça vers Phnom Penh, au XVIe siècle, après une période de moussons irrégulières. Le recul du concept de dieu-roi conduisit aussi à un affaiblissement de l’autorité du souverain et à un manque de travailleurs prêts à se dévouer pour sa cause. L’entretien du système hydraulique s’étiola alors et les récoltes furent semble-t-il contrariées par les inondations et les sècheresses. Ces problèmes sont très certainement une des principales cause du déclin de l’empire, alors que du temps de sa splendeur, les trois récoltes annuelles ont largement contribué à sa prospérité et à sa puissance. »(Wikipedia)  
Bernard Philippe Groslier, « La cité hydraulique angkorienne : exploitation ou surexploitation du sol ? », dans Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient, no 66, 1979.
A l’inverse des historiens vrais, le Cardinal ne part pas des faits pour en induire une explication, il ordonne les faits suivant ses préjugés. Et nous raconte donc une histoire imaginaire qui ne correspond jamais avec les évènements réels. L’exemple de l’empire Khmer ne sera pas unique dans ce deuxième livre.
Eût elle été exacte, la narration de la fin de la capitale Angkor par faute d’une hypercentralisation, n’eût pas, de toute manière, été instructive pour l’histoire de l’Église.
En effet, voici un royaume d’Asie qui nait, croît et meurt en l’espace de six (6) siècles. Rien de bien original dans l’histoire du monde ! Des dizaines d’empires et de royaumes et d’états et de nations connurent tour à tour vie, décadence puis anéantissement, parfois en une durée plus brève encore (l’empire d’Alexandre ne dura que  ± 13 ans !). Cela ne nous montre que la vanité des empires terrestres. Ils peuvent certes mourir de centralisation, mais aussi d’invasions, de langueur politique, de métissages abusifs (comme la Rome Impériale barbarisée), de perte d’identité géographique, d’excès d’impopularité…Mais ils meurent tous car sic transit gloria mundi (« Ainsi passe la gloire du monde »)[40]
Or, à fondements historiques faux, conséquences doctrinales abusives.
Bien sûr, rien de tel pour l’Église dont la raison d’être, l’essence, l’origine et la mission sont hors de portée des principes périssables des nations. 2000 ans d’existence, avec ses imperfections et ses tribulations n’ont jamais réussi à la ruiner, pas même à l’ébranler.
Le Cardinal s’est il posé la question –à supposer même que son analyse historique fût correcte- : pourquoi  600 ans suffirent à épuiser l’empire Khmer, et moins de temps encore bien d’autres institutions, quand 2000 ans ( !) de prétendu centralisme excessif ne sont toujours pas venus à bout de l’Église catholique. Aurait il oublié, lui l’historien, la réponse du Cardinal Consalvi à Napoléon lors des orageuses négociations du concordat ? Comme Mgr Consalvi tenait tête courageusement à l’irascible empereur celui-ci s’emportant lui dit : « votre Eglise je la détruirai! – Non, vous ne la détruirez pas, répondit le Cardinal. » Agacé Napoléon lui rétorqua, du haut de son 1,60 mètre : « Mais si que je la détruirai votre Eglise ! – Vous n’y arriverez pas, Sire! Si de mauvais papes, des prêtres immoraux et des millions de pécheurs dans l’Eglise n’y sont pas arrivés, comment pensez-vous y arriver ? »[41].
 « L’Eglise ne découle pas de la volonté humaine, de la réflexion, de l’habileté de l’homme et de sa capacité d’organisation, parce que si tel était le cas, elle se serait éteinte depuis longtemps déjà, ainsi que passe toute chose humaine. Elle est, au contraire, le Corps du Christ, animée par l’Esprit Saint… L’Eglise est catholique depuis le premier instant. Benoît XVI messe de la Pentecôte 12 juin 2011
C’est que l’Église est garantie de toute atteinte mortelle, quel qu’en soit le genre et l’intensité, par une promesse souveraine infinie dont l’exercice s’accompagne d’une assistance constante, prévenante et efficace car substantielle à son être même.
Pour avoir oublié ou occulté délibérément et opiniâtrement  ce caractère constitutif,  Le Gendre et son interlocuteur masqué ne peuvent plus rien comprendre à la vraie nature de notre Église dont ils ne perçoivent plus les richesses de grâce ne considérant que son enveloppe humaine institutionnelle. La  façade corporelle fragile leur dérobe la vue de son âme divine sublime et de son corps mystique animé par le Verbe Éternel. Ils sont aveugles et veulent nous conduire !
Je leur prédis sans crainte d’erreur de fortes déconvenues et l’échec certain de leurs projets : on ne réforme pas l’Église en la critiquant. On la réforme en l’adorant, en tant que dessein incarné de Dieu, pour le salut du monde.
« Nous ne sortirons de la crise de l’Eglise que par voie d’autorité et de sainteté …. Toutes les crises de l’Eglise ont toujours été l’occasion de, et résolues par, une floraison de saints. Commençons par nous réformer, par être saints, et alors la crise de l’Eglise ne sera plus qu’un mauvais souvenir! »   Vini Ganimara(10 08 2011) Rédacteur en chef du journal
Car l’Église « c’est Jésus  Christ répandu et communiqué ».[42]

Dérisoire réforme.
On pouvait s’attendre, à la lecture des formules radicales et subversives que nous venons de parcourir, extrémistes et irrecevables pour un chrétien, à un programme de prodigieuses réformes pour transformer les institutions ecclésiales et surmonter les vices supposés de la « richesse », « du pouvoir »& du « centralisme » catholiques.
Mais la montagne accouche d’une souris.[43] Vous attendiez selon le Menu gourmand un "Emincé de suprême de porc sur son lit de verdure" et l’on vous sert dans l’assiette une vulgaire et fine tranche de pâté industriel accompagnée d'une feuille de salade flétrie.
La grande révolution cardinalice consiste en l’institution de « conciles régionaux…cinq, un pour chaque continent (pages 64/65)…les conciles régionaux ont trois avantages…rapprocher du terrain les instances de réflexion et de gouvernement pour être plus en phase avec ce qui se vit réellement…le deuxième est que l’analyse des conditions de vie de la société et de l’Église sera plus précise : on n’est pas chrétien de la même manière  en Europe et en Afrique par exemple…La troisième raison est qu’on allège le poids qui, inévitablement, repose sur un gouvernement très centralisé et particulièrement sur une seule personne… » (pages66/67). « Les conciles régionaux seraient suivis d’une réunion  à Rome des délégués  de chaque concile régional…qui permettrait au pape d’agir comme Primus inter pares, le premier parmi ses pairs. » (Page 67).
Ce qui nous est proposé s’appelle la décentralisation débouchant sur le régime d’assemblée afin de ligoter le Pape dans un système ou le pouvoir résiderait dans un SÉNAT où le Pontife ne serait plus Souverain. Examinons de plus près les pièces de cet assemblage :
La Décentralisation par conciles régionaux est elle nouvelle, originale, efficace (allégeant les structures, se rapprochant du terrain) ?
Elle n’est pas nouvelle : les conciles régionaux existent depuis la plus haute antiquité dans l’Église qui n’a pas attendu le 21 ème  siècle pour inventer un procédé largement répandu dès le 2ème  siècle  où l’on connait dès  197 ou 198 le concile d’Éphèse avec tous les évêques d’Asie Mineure ; après cette date les conciles régionaux se produiront en nombre incalculable ( pour le IIIème siècle uniquement nous décomptons 35 conciles régionaux). J’invite les lecteurs à se reporter au « Dictionnaire des Conciles » Tome  deuxième de M. l’abbé Migne pour consulter à partir de la colonne 1341 la liste interminable des conciles régionaux (uniquement  pour les dix premières années du XVIIème siècle, environ  75 conciles régionaux !). Certes depuis le XIXème la pratique a décliné. Par centralisme romain ? Ou plutôt parce que le progrès des communications, la facilité accrue des déplacements, la nécessité de renforcer la cohésion face à un monde hostile, anticlérical, ont rendu moins nécessaire la régionalisation conciliaire et justifié au contraire le raffermissement de la Chaire de Vérité et d’Unité ?
« Il est manifeste que ce qui par soi est un, peut mieux réaliser l’unité que ce qui est multiple. Une certaine union est requise d’un groupe de gouvernants pour qu’ils puissent gouverner en quelque mesure tout comme plusieurs matelots ne tireraient pas le navire dans une même direction s’ils n’étaient unis en quelque manière. Or, plusieurs choses sont dites être unies en ce qu’elles se rapprochent de ce qui est un. Un seul donc gouverne mieux que plusieurs, ceux-ci ne faisant que s’approcher de ce qui est un. » De regno
SAINT THOMAS d’AQUIN, Docteur de l'Eglise

L’idée des conciles régionaux est-elle originale ? L’auteur semble oublier l’institution des Conférences épiscopales nationales en 1965 qui succèdent d’ailleurs aux « assemblées de Cardinaux et archevêques » crées en 1919.
 Le décret Christus Dominus du 28 octobre 1965 signé de Paul VI indique : « Une conférence épiscopale est en quelque sorte une assemblée dans laquelle les prélats d'une nation ou d'un territoire exercent conjointement leur charge pastorale en vue de promouvoir davantage le bien que l'Église offre aux hommes, en particulier par des formes et des méthodes d'apostolat convenablement adaptées aux circonstances présentes.» Le 27 juillet 1998, par le motu proprio « Apostolos suos», le pape Jean-Paul II en définit la nature théologique et juridique en leur précisant leur place spécifique dans le collège épiscopal, une place de coordination des fonctions pastorales qui ne peut se substituer à la responsabilité de l'évêque dans la communion de l'Église.
Par leur réunion régulière et par la représentation au niveau national, l’Église s’est donc déjà dotée de l’instrument adéquat de décentralisation auquel des conciles régionaux n’ajouteraient RIEN.[44]
Cette décentralisation est-elle efficace ? N’a-t-elle pas ajouté une structure nouvelle à une structure existante ? Certains se sont plaints d’une dictature des bureaux créés par les Conférences épiscopales nationales, bureaux opaques, dénués de responsabilité claire, anonymes et  structurellement expansifs. La décentralisation est aussi créatrice de ses propres curies nationales qui s’ajoutent parfois aux inconvénients d’une curie centrale[45].
Si l’on veut un contrexemple éloquent de décentralisation manquée et du risque qui en découle,  il suffit de regarder l’état de l’Église Orthodoxe aujourd’hui avec ses épiscopats exclusivement et jalousement nationaux, sans liens ni communion avec les églises voisines qui se veulent pourtant unies par la même foi orthodoxe.
Découplée et séparée du Siège de Pierre, l’Église orthodoxe qui a toujours proclamé la doctrine conciliariste selon laquelle le concile est supérieur au Pape[46], n’a plus jamais depuis la rupture de 1054 avec Rome, réussi à réunir ni concile régional, ni à plus forte raison un concile universel. Tant il est vrai qu’il ne PEUT y avoir de Concile si ce n’est convoqué et PRÉSIDÉ par le Pape ou son Légat. Conciliariste, sans le Pape, l’Orthodoxie est privée de conciles, frappée d’impuissance dans le cœur même de sa structure. Telle est sa malédiction, outre sa désunion interne en nationalités irréductibles. C’est la raison pour laquelle l’orthodoxie demeure figée dans sa doctrine depuis des siècles, par incapacité à faire fonctionner un organe doctrinal légitime qui soit autorisé à procéder à un sain développement du dogme dans la continuité du donné révélé[47]. En rejetant le Pape comme principe d’autorité et d’unité, l’Orthodoxie s’est livrée au pouvoir des Césars profanes et a chu dans la sujétion des états, victime de leur arbitraire, de leur dispersion et de leur caprice. « Si vous voulez savoir de quoi vous êtes les esclaves, cherchez d’abord à savoir de QUI vous avez refusé d’être les serviteurs. » (Gustave Thibon, écrivain, philosophe catholique).
Utiles, peut être, les conciles régionaux ne sont ni novateurs, ni outil panacée d’une réforme de l’Église ; en cela le cardinal nous propose un faux remède, par détournement  de l’histoire, une nouvelle fois. Les moteurs de réforme dans l’Église : la sainteté et le Siège Apostolique.  Toute autre méthode, expérimentée par les hérésiarques depuis le XVIème siècle a démontré sa fatuité et sa nuisance.
Une bordée d’erreurs :
Le 30juin 1962 le Saint Office, renommé depuis « Congrégation pour la Doctrine de la FOI », publiait un Monitum (ou Avertissement) afin de mettre en garde contre les doctrines du Père Teilhard de Chardin[48]. L’avertissement notait que l’œuvre de ce Père « fourmillait » d’erreurs graves.
 Le même terme, si illustratif, s’applique semblablement à d’innombrables formules de « l’Espérance du Cardinal », formules ou assertions dépréciatives, parfois réductrices, souvent destinées à discréditer et déconsidérer des idées, des rites, des pratiques de l’Église jugées –abusivement- désuètes, ridicules voire coupables. Le tout accompagné de supposées justifications historiques dont on appréciera la fragile pertinence. Car comme toujours, nos compères (Cardinal et auteur, associés) se veulent historiens pour soutenir leurs analyses, mais d’une histoire à leur manière, gauchie et forcée, et même imaginée.
C’est donc un florilège de thèmes que nous allons aborder pour les remettre d’aplomb, dans la perspective du sensum fidei, de la communion ecclésiale catholique, sans hiatus ni rupture selon la fidélité qui faisait répéter à Sainte Thérèse d’Avila sur son lit de mort cette phrase magnifique : « Je suis fille de l’Église ».
Collégialité :
« Les évêques partagent la collégialité avec le pape » page 140
« Les conciles régionaux seraient suivis d’une réunion  à Rome des délégués  de chaque concile régional…qui permettrait au pape d’agir comme Primus inter pares, le premier parmi ses pairs. » (Page 67).
Voici que resurgit la vieille erreur rabâchée, partagée par tous les insurgés contre l’autorité pontificale sur laquelle Jésus Christ fonda l’Église ; elle se heurte à l’invincible et inexpugnable promesse divine faite à Pierre et ses successeurs « Tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo ecclesiam meam …. » (Mat. 16:18s)[49]. Dès avant Luther lui-même, vers la fin du grand schisme d’occident, on tenta d’imposer au Pape l’autorité suprême du concile, en spéculant sur le délabrement de la Papauté dû à la présence d’antipapes. Ainsi le concile de Constance proclamait : « Ce synode, légitimement assemblé au nom du Saint-Esprit, formant un concile général représentant l’Église catholique militante, tient immédiatement de Jésus-Christ son pouvoir, auquel toute personne de tout état, de toute dignité, même papale, est tenue d’obéir, en ce qui regarde l’extinction et l’extirpation du dit schisme » (Concile de Constance, 4e session, 30 mars 1414).
Doctrine téméraire, orgueilleuse, nouvelle –ce qui suffit à la disqualifier- qui n’eut aucun lendemain et fut condamnée par Pie II (Bulle Execrabilis 18 janvier 1460) pourtant Pape très humaniste, lettré, brillant[50], dirions nous aujourd’hui moderne ? Doctrine qui produisit des décennies de désordre, de désorientation, de fermentation funeste et qui prépara le terrain de la révolte anticatholique du XVIème siècle libertin et Réformé.
Luther aussi prétendra appeler du concile contre le Pape (« le papâne » comme il l’appelait avec son langage habituel si ordurier) ; mais quand le Pape convoquera ce concile Luther le refusera (preuve qu’il n’était point ignorant de l’assistance divine promise à son Église). Ce sera le grand Concile de Trente avec son œuvre doctrinale et disciplinaire immense.
Le Gendre qui invoque si souvent dans son livre « l’esprit du concile » Vatican II ferait mieux de relire les textes de ce Concile car « l’esprit » n’est ici qu’une vapeur flottante, docile à toutes les subjectivités, protéiforme et surtout sans consistance solide, soumise au seul esprit des temps rebelle à l’Esprit de vérité. Mais si l’on sollicite « l’esprit » pour lui faire dire ce que chacun entend, au gré de ses obsessions ou fantaisies,  il est moins aisé de détourner les textes dont le sens obvie s’impose à la raison. « L’esprit » peut être un démon bavard, mouvant et multiforme, affranchi des liens de la formule rédigée, contraignante. Le Concile est dans ses textes, non dans son contexte ; de celui là rien ne restera dans quelques décennies, quand ceux-ci demeureront inchangés, compris selon l’interprétation autorisée de la Tradition du Magistère.
« Ce qui est écrit, est écrit » (St Jean  19 :22).

 « Vous serez probablement la première génération qui pourra interpréter correctement le deuxième Concile du Vatican, non pas selon “l’esprit” du Concile qui a apporté tant de désorientation dans l’Église, mais selon ce que l’événement conciliaire a vraiment dit à l’Église et au monde dans ses textes.
Il n’y a pas un Vatican II qui serait différent de celui qui a produit les textes que nous possédons aujourd’hui ! C’est dans ces textes que nous trouverons la volonté de Dieu pour Son Église et c’est à eux que nous devons nous référer ainsi qu’aux deux mille ans de Tradition et de vie chrétiennes.
La réforme est toujours nécessaire pour l’Église, car la conversion de ses membres, pauvres pécheurs, est toujours nécessaire ! Mais il n’existe pas et il ne peut pas exister un Église préconciliaire et une Église postconciliaire ! Sil en était ainsi, la seconde, la nôtre, serait historiquement et théologiquement illégitime ! »
Cardinal Mauro Piacenza Préfet de la Congrégation pour le clergé discours aux séminaristes de Los Angeles 5 oct.2011.

Examinons donc ce qu’a dit Vatican II de la doctrine conciliaire qui se confond ici avec le principe de la collégialité[51] auquel notre auteur, on l’a compris, accorde les plus hautes autorités.
Coupons cours en premier lieu à une tenace et infondée lecture inattentive des textes conciliaires sur ce thème : il n’y a dans AUCUN TEXTE  du concile Vatican II le mot « COLLÉGIALITÉ ». Ce concept en tant que doctrine de l’Église est inexistant.
En revanche figure bien le terme de « collège » pour désigner l’ensemble de droit divin formé par l’union des évêques avec le Pape. Le mot « collège » est d’ailleurs conforme à la théologie la plus traditionnelle pour désigner la totalité des Apôtres avec Pierre à leur tête. Afin de parer précisément tout risque d’interprétation conciliariste et d’éloigner une illégitime prétention à construire à côté du pouvoir suprême[52] et plénier[53] du Souverain Pontife un supposé pouvoir de l’ensemble des évêques SANS le Pape, Paul VI a veillé à introduire dans la Constitution sur l’Église Lumen Gentium une Nota Prævia explicative dont la clarté est sans défaut. Lisons ici un fragment sans ambigüité :
« En tout cela il apparaît donc qu’il s’agit d’une union étroite des évêques avec leur chef et jamais d’une action des évêques indépendamment du pape. Dans ce cas, quand l’action du chef fait défaut, les évêques ne peuvent pas agir en tant que collège, ainsi qu’il ressort de la notion de « collège ».

Le Pape, usant de son devoir d’éclairer la doctrine à l’usage des fidèles, conformément au pouvoir conféré par le Christ de confirmer ses frères dans la foi, a jugé nécessaire, sans attendre la fin du concile d’écarter une interprétation défectueuse du Chapitre III de Lumen Gentium dans le sens conciliariste. Il a ordonné que la Nota Prævia figure toujours et partout dans TOUTES les éditions de la Constitution. Il avait donc vu l’usage abusif et délictueux, mais possible, que certains pourraient tirer de ce chapitre (CHAPITRE III :
La constitution hiérarchique et l’épiscopat), par une dérive que l’on pourrait appeler démocratique. Déviation destinée à opposer un contre pouvoir au pouvoir de Vicaire du Christ donné par le Rédempteur au SEUL successeur de Pierre. Un barrage infranchissable a donc été dressé dès le début contre les détournements qui contrarient la plus antique et puissante tradition catholique de l’autorité –sans partage ni division- du Siège de Pierre. Dès lors affirmer : « Les évêques partagent la collégialité avec le pape » (page 140) est se dresser dans la contradiction à la doctrine catholique la plus certaine, la plus antique, la plus sacrée et la plus nécessaire à la permanence de l’Église, c’est se faire Orthodoxe dans l’Église Catholique. C’est aussi présenter une opinion personnelle comme établie, avec une audace téméraire, à l’encontre de l’évidence doctrinale reçue de Jésus Christ en Personne et tenue toujours, partout & par tous dans l’Église. Opinion, source de toutes les hérésies.

Décidément, «L’Église possède beaucoup d’ennemis parmi ses enfants, et beaucoup d’enfants parmi ses ennemis » St Augustin.
 À l’Associated  Press le 6 septembre, sur les catholiques qui font, défendent ou disent le contraire de ce qu’enseigne l’Église, Mgr Charles Chaput, archevêque de Philadelphie (Pennsylvanie), répond :
« S’ils ne croient pas en ce que l’Église enseigne, c’est qu’ils ne sont pas de vrais catholiques ».

L’Église, sa nature :
« M’est avis que c’est tout un de Jésus Christ et de l’Église »Ste Jeanne d’Arc à ses juges.

La question, qui est toujours posée dans les mauvais termes est « qu’est-ce que l’Église ? » ; énoncée de la sorte, la réponse est invariablement erronée. En effet la seule question convenable est, ici, « QUI EST L’ÉGLISE ? ».
Si l’on se souvient de la question terrible que le Christ monté aux cieux pose au futur Saint Paul sur le chemin de Damas : « Saul, Saul, pourquoi
me persécutes-tu?
» on comprend tout de la nature de l’Église qui se confond avec une Personne. Car, ne l’oublions pas, Saul n’a JAMAIS persécuté Jésus lui-même en personne mais il s’est férocement acharné contre l’Église naissante. En assumant pour lui-même la persécution endurée par son Église, Jésus nous livre infailliblement la définition, principe de toutes les autres : IL EST L’ÉGLISE qui ne fait qu’un avec lui.
Conséquemment, réduire l’Église comme le fait O. Le Gendre au seul « peuple de Dieu » à « la communauté des croyants comme étant le sens authentique du terme église » (page 101) c’est lui faire subir une mutilation où se dissipe sa vraie nature. L’Église est d’une essence riche, dense, multiple et simple à la fois  -comme Dieu dans son Être- ; elle ne peut être restreinte ni amoindrie par l’exergue d’un seul des ses aspects, certes réel mais partiel. Et chez Le Gendre, partial, choisi pour nier les autres caractères pourtant aussi nécessaires et constitutifs : caractères Divin, hiérarchique, mystique, sacré, intemporel…
Dans son maître ouvrage « L’Église du Verbe Incarné : Essai de théologie spéculative », le Cardinal Charles Journet[54] nous introduit dans l’ample multiplicité de l’Église en tentant d’énumérer tous les traits, tous les NOMS qui en définissent la riche nature, inépuisable et débordante des grâces du saint Esprit :
 « Définie en fonction de ses Causes incréées, le Christ, l’Esprit saint, Dieu, l’Église est donc le Corps du Christ, l’Épouse du Christ, le troupeau des brebis du Christ, l’Évangile continué, le lieu de l’habitation de l’Esprit saint et de la sainte Trinité ; la maison, le tabernacle, la cité, le peuple, le royaume de Dieu.
Définie en fonction de ses éléments créés, l’Église est la communauté rassemblée en Dieu par le Christ: au ciel dans la gloire (l’Église triomphante), auparavant par la foi et la charité qui progressent dans le monde (Église militante) et achèvent de se purifier en purgatoire (Église souffrante). Plus brièvement, l’Église est la communion des saints.
Les premières définitions, plus hautes, plus scripturaires, plus divines, ont besoin d’être précisées par les secondes, plus proportionnées à la complexité de notre condition humaine. »
Il n’y a pas seulement dans cette sublime définition une différence de degré, mais de nature, avec la vision rabougrie, avilissante, naturaliste, fausse par omission et torsion donnée par notre auteur. Le drame du Cardinal et de son interlocuteur est toujours l’aplatissement des notions les plus hautes pour nous en livrer une image racornie, tassée, difforme, une image terrestre de réalités célestes.
De monstrueuses expressions, dévastatrices, dénuées de spiritualité et d’Espérance, preuve du caractère perfide du titre du livre, jalonnent tout le texte : « aveuglement qui se répand dans les couloirs du Palais apostolique » (p. 37), « le fonctionnement de l’Église l’empêche de porter de manière crédible son message » (p.38), « certains[55]dans notre Église ont fermé, ferment et risquent de continuer de fermer les portes qui mènent au Royaume.[56] »(p.71) ? « Hiérarchie composée d’hommes célibataires qui n’ont ni compétence, ni expérience, ni légitimité pour statuer avec aussi peu de nuances dans cette affaire (de la contraception) » (p. 101).
J’ai traité l’opposition à la doctrine de l’Église sur la contraception dans la Première Réfutation. Ici on rajoute les traits venimeux, rituellement remâchés et FAUX,  de l’impossibilité pour des célibataires, hommes, incompétents, inexpérimentés & illégitimes de statuer sur ce sujet. Il y a là encore une double erreur intellectuelle de perception :
C’est délibérément occulter, que dans l’ordre naturel, l’universalité et l’efficacité spéculative & opérative de la raison humaine  bien exercée en tant qu’instrument de jugement l’autorise à examiner et conclure sur tous les sujets d’ordre naturel. Ce pauvre argument qui abuse souvent par sa fausse évidence revient en somme à dire que tout homme ne peut valablement parler que de lui-même puisque tous les autres sujets de réflexion lui sont par définition extérieurs, étrangers, donc inconnus et impénétrables!   L’homme n’étant ni un minéral, ni un végétal,  ni un animal doit-on dès lors lui dénier le droit et la légitimité de disserter  valablement  sur ces sujets hétérogènes  à sa condition humaine et d’y intervenir  sûrement ? Son Intelligence, outil divin de connaissance propre à tout homme, ne lui permet elle pas d’embrasser et d’expliquer bien des mystères du lointain cosmos ? Sans JAMAIS avoir vu un seul atome, l’homme ne l’a-t-il pas domestiqué ?
Ce doute sur la capacité intellectuelle de l’homme en tant qu’être raisonnable d’exercer valablement son entendement sur toutes sortes de sujets révèle que les détracteurs de l’Église sont aussi des négateurs de l’homme. Tant il est vrai que douter de l’une c’est aussi se défier de l’autre. La Foi et l’Intelligence sont  toujours fraternellement liées, ruiner l’une c’est dévaster l’autre : « Fides quaerens intellectum » Saint Anselme de Cantorbéry.
C’est aussi omettre que, dans l’ordre  surnaturel, les hommes d’Église (catholique) sont assurés de l’assistance constante, certaine et sans faille du saint Esprit pour les sujets touchant à la morale et à la Foi : « et voici que je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (St Matthieu 28 :20). C’est ainsi que, raisonnant au-delà des passions déréglées, inspirés par le Créateur de l’Univers visible et invisible qui a fait les lois de la vie et assurés par assistance de la Vérité  dans la Charité, les hommes célibataires (prémunis ainsi du risque de jugement captif), inexpérimentés mais non sans Lumière, compétents par Mission, légitimes par Ordre, sont les mieux habilités à intervenir dans la défense et la promotion de la Vie, qui n’est autre que Jésus en personne(« JE SUIS la voie, la vérité, la vie »St Jean  14 :6).
Du reste, O. Le Gendre, laïc, incompétent, inexpérimenté et sans légitimité cesse-t-il pour autant de jacasser contre Rome ? Laïc, il veut juger les pouvoirs du sacerdoce mais il refuse au sacerdoce de juger les laïcs. Telle est, toujours,  la contradiction terrible des faux prophètes[57].
Poursuivons avec les déclarations déplorables :
« …Ce que j’avais longtemps réussi à me cacher : j’avais mal à mon Église » (p.131)
« Ne plus se préoccuper de ce fonctionnement irréformable (de l’Église) et incarner le message en dehors de lui ? » (p.150).



On touche ici du doigt la vaine tentation rampante des deux compères d’accord aussi sur ce point : sortir du cadre institutionnel de l’Église qu’ils accusent de « masquer le message » et « abandonner le terrain » (p.151) pour un ailleurs indéfini, idéal, inexprimé et mythique. Autant dire quitter la caravane pour le mirage. La plus expéditive façon de mourir de soif dans le désert.
Tentation de TOUS LES RÉFORMATEURS DE TOUS LES TEMPS DE « RETROUVER » L’ÉVANGILE HORS DE L’ÉGLISE institutionnelle. Mais il n’y a pas et il n’y aura JAMAIS d’Évangile HORS de l’Église ; en premier lieu parce que c’est l’Église qui nous a donné l’Évangile et qui préexistait avant sa rédaction, il n’y aurait donc pas eu de Nouveau Testament s’il n’y avait pas eu d’Église, si celle-ci avait sombré après l’ascension du Sauveur. Ensuite parce que Celle qui nous a légué les Écritures Nouvelles est seule en mesure de les transmettre fidèlement interprétées puisqu’elle les a écrites. Hors de leur compréhension véridique les Écritures ne sont sources que de divisions infinies, de confusions doctrinales, de dogmatismes opposés ; les sectes protestantes, fractionnées, dispersées, désunies, sans la garantie d’inerrance et d’unité cohérente d’exégèse  de l’Église en fournissent un contre-exemple éloquent. Enfin parce que Dieu l’a voulu ainsi et que faire la volonté de Dieu est une exigence que nous proclamons –en sommes nous vraiment conscients ?- chaque fois que nous prononçons la prière Dominicale (la prière du Seigneur : Dominus noster). Soyons-en persuadés à l’encontre de tous les Réformateurs, Le Fils de Dieu n’est pas venu nous donner un Livre, il est venu fonder une Église qui sera son Corps mystique toujours INCARNÉ parmi nous, visible, institution humaine dispensant la grâce invisible. Vouloir distinguer l’Évangile et l’Église c’est séparer l’âme du corps.
 Votre Évangile ailleurs, est un ailleurs de l’Évangile.




« Parfois on croyait que l’institution se réduisait à la hiérarchie, et il n’y avait plus d’Église au sens vrai du terme » (p.187).
« Si posséder la Vérité signifie pouvoir la dire tout entière dans le langage humain, alors il est certain que l’Église ne peut pas prétendre à cette possession» (p.238).



Nous voici au cœur de la négation de la mission du Rédempteur lui-même à qui l’on conteste :
1.       La promesse faite à Pierre d’immortalité de l’Église en ce monde
2.       La capacité de répandre la Vérité par son Église à qui il a confié cette mission ;
Dieu est donc en échec !
Absurdité ou impiété, nous voici plongés dans le mystère d’une démarche qui fait naufrage dans la démesure de ses propositions, ou dans le lancement d’un « ballon d’essai » visant à accréditer la conception d’une Église au-delà des églises. Une église les dépassant toutes, super église humaine au credo minimal « la tendresse de Dieu », apte  à recevoir tous les contenus élastiques et pouvant enfin tenir la petite Vérité totale, comme le Panthéon renfermait  Tous les petits dieux. C’est bien ce que les chrétiens de Rome refusèrent à l’empereur qui voulait placer la statue du Christ parmi celles des dieux païens. Ils résistèrent au relativisme religieux au nom de la Vérité Unique, incarnée, crucifiée et ressuscitée. Ils sauvèrent le christianisme de la bouillie doctrinale séduisante mais indécise et précaire.
« Les vues futuristes les plus audacieuses s’appuient sur le passé le plus révolu, les révolutionnaires ont toujours un côté conservateur » Chesterton
On veut nous resservir un ragoût religieux mondialiste qui n’est moderne que par la marmite. « A un crochet peint sur un mur  on ne peut accrocher qu’une marmite peinte sur un mur. » (E. Gilson).


                                                                            

Des saints de néon :
Tous les clichés conformistes du monde contemporain se succèdent, comme on doit s’y attendre quand on « s’agenouille  aux pieds du monde » ; ainsi les saints de néon que sont les idoles factices et menteuses de notre temps, adulées avec leurs fêtes laïques et chômées sont ils encensés par notre[58] Cardinal. Nous avons donc droit au couplet de complaisance obligatoire pour « Gandhi ou Martin Luther King qui ont tenté ou tentent d’opérer une révolution copernicienne, c'est-à-dire un renversement complet des attitudes au sein de croyances différentes. »(Page 230).
Ces deux personnages sont, il est vrai,  devenu les références absolues de la religion mondialiste de l’Homme. Elle se dote à bon compte de glorieux martyrs qui finirent assassinés –parfois d’ailleurs dans de troubles circonstances- ce qui sans doute suffit à les faire monter sur les autels du Panthéon universel. Mais quels sont donc leurs mérites ?
Gandhi, protagoniste Non-violent de l’Indépendance du sous continent Indien qui se traduisit par des violences terribles entre Hindouistes et Musulmans, la partition du pays sur des critères religieux au prix de plus de plus de douze millions de personnes exilées et déplacées, un million de morts, quatre guerres successives entre le Pakistan et l’Inde (produits de la partition) ajoutant son lot de brutalité et de passions, la pomme de discorde toujours présente avec le Cachemire et pour finir l’assassinat de Gandhi par un des siens qui fut lui-même exécuté. Gandhi ou la non violence utopique débouchant, comme toutes les utopies sur l’impétueux incendie meurtrier.
Ajoutons que sur le plan personnel  le « vertueux Gandhi » qui avait des opinions racistes à l’égard des noirs sud africains  durant son séjour dans ce pays, y vécut une relation amoureuse homosexuelle de deux ans avec un architecte juif allemand culturiste Hermann Kallenbach qui lui fit quitter sa femme à l’âge de 39 ans en 1908.[59]
Enfin, pour un ascète engagé par un vœu d’abstinence, on appréciera sa pratique habituelle de coucher avec ses petites-nièces nues, Manu et Abha, ainsi d’ailleurs que d’autres femmes. Le ministre de l’état indien de Travancore l’appelait « le plus dangereux maniaque sexuel de semi-refoulement ». Il dit un jour à sa petite nièce préférée Manu : «  Nous allons tous deux peut-être être  tués par les musulmans", il lui dit, "et on doit mettre notre pureté à l'ultime épreuve, afin que nous sachions que nous offrons le plus pur des sacrifices, et nous devons maintenant commencer à dormir ensemble  nus."
En vieillissant il avait plus de femmes autour de lui et les obligeait à dormir avec lui alors que, selon les règles de ségrégation de l’ashram où il vivait, il leur  était interdit de dormir avec leurs maris. Gandhi avait des femmes dans son lit, exerçant ses «expériences» qui semblent avoir été, à la lecture de ses lettres, un exercice de strip-tease ou autres sans contact ni activité sexuelle. Beaucoup de documentation explicite a été détruite, mais d'alléchantes remarques dans les lettres de Gandhi restent telles que: «...Vina Dort avec moi, on pourrait appeler cela un accident. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'elle a couché près de moi". De ce fait il se plaignait de « rejets involontaires » mais avait une croyance quasi magique dans le pouvoir du « fluide vital » ! Quand il fut  assassiné en Janvier 1948, il était avec Manu et Abha à ses côtés. Gandhi avait écrit à son fils: «Je lui ai demandé d'écrire sur son partage du lit avec moi», mais les protecteurs de son image étaient désireux d'éliminer cet élément de la vie du grand leader.  Devdas, le fils de Gandhi, accompagna Manu à Delhi où il  saisit l'occasion de l'instruire de se tenir tranquille.
« En fait il était fou de sexe » écrit le biographe Jad Adams.
Gandhi non seulement échoua dans sa vie publique, sa non-violence ayant débouché sur un chaos sanglant, mais ne fut préservé du scandale de sa vie privée que par la nécessité pour ses partisans de sauver sa réputation, en enfouissant ses frasques, après en avoir fait une icône factice pour des besoins politiques. Les étoiles présentent toujours une face cachée qui demeure masquée au grand public. C’est le grand et permanent mensonge de ce monde.

Martin Luther King On accepte toujours mal  qu’un héros soit un salaud sur le plan personnel, surtout quand il a été promu statue nationale aux USA, voit son buste dans le bureau présidentiel  et fait l’objet d’un jour férié national depuis 1986. Si on rajoute les médailles d’honneur dont il est détenteur (posthume- les morts ont toutes les vertus-) on retient sa plume pour dépeindre le vrai personnage. Il le faut cependant, pour la vérité.
Médaille présidentielle de la liberté (par Jimmy Carter, président battu), prix des droits de l’homme des Nations Unies en 1978  (où siègent des états esclavagistes de nos jours encore, des dictatures, les régimes communistes et islamiques...), médaille d’or du Congrès US (soumis aux lobbies les plus souterrains), la médaille des libertés américaines de l’American Jewish Committee, le prix Margaret Sanger du Planning familial d’Amérique en 1966 «pour sa courageuse résistance à la bigoterie ». Consécration suprême il a sa statue sur la galerie des martyrs du XX° siècle à l’abbaye de Westminster (les anglicans ne reculent devant aucune galipette conformiste).


Dans des confidences que sa fille Caroline vient de publier[60], Jacqueline Kennedy épouse du Président qualifie Luther King de « faux jeton ».Aux USA les langues se délient peu à peu : « les crimes échappent toujours par quelque endroit » (Bossuet).
Voici la relation de Norman Lester avec la citation de la documentation qui appuie son enquête :
« Martin Luther King, un pasteur Baptiste, était un prédateur sexuel compulsif aux mœurs scabreuses. Le côté sombre du personnage est un sujet tabou aux États-Unis.
King, qui suit les traces de son père, également pasteur baptiste, est un personnage ignoble. Son premier discours à l'Église Batiste Ebenezer, en 1947, est le plagiat intégral d'un discours d'un autre pasteur noir, Harry Emerson Fosdick. Le Wall Street Journal découvrira plus tard que King a aussi plagié au moins 50 phrases complètes dans sa thèse de doctorat en théologie à l'Université de Boston. La commission constituée pour enquêter là-dessus conclut qu'il a plagié 45% de la première partie de sa thèse et 21% de la seconde. Même si le plagiat est flagrant, l'université ne lui enlève pas sont titre de docteur. On craint la réaction des Afro-américains. Un groupe d'universitaires, chargé par sa famille de réunir ses œuvres pour publication, découvre que son fameux discours «I have a dream» est en partie plagié d'un discours prononcé 11 ans plus tôt par le pasteur noir Archibald Carey.
Mais surtout, le pasteur King est un obsédé sexuel avec un besoin insatiable de copulation. Les informations sur les mœurs dissolues de King ne viennent pas de ses ennemis racistes, mais de proches collaborateurs, d'universitaires et de journalistes noirs troublés par son hypocrisie sans borne.
Dans sa biographie de 1989 And the Walls Came Tumbling Down, le compagnon de lutte, confident et meilleur ami de King, le pasteur Ralph Abernathy, qui était avec lui la nuit où il a été assassiné, raconte ses dernières heures. Après avoir prononcé un discours en fin d'après-midi, King accompagne une femme chez elle où il reste jusqu'à une heure du matin. En rentrant au motel où il loge, il ramasse une prostituée. Comme elle ne veut pas « rester » avec lui dans la chambre qu'il partage avec Abernathy, il loue une seconde chambre où il l'amène. Une troisième femme, à qui il avait donné rendez-vous, se présente entre-temps à la chambre où dort Abernarthy. Lorsqu'il y revient, après une relation sexuelle avec sa prostituée, une violente dispute éclate avec la femme qui l'attend. Il la frappe si fort au visage qu'elle est projetée de l'autre côté du lit, rapporte Abernathy. Ces révélations ont soulevé la colère et l'indignation de la communauté noire américaine qui a ostracisé le pauvre Abernathy jusqu'à sa mort.
Abernathy avait averti King qu'il était imprudent d'avoir une vie sexuelle aussi dévergondée alors que le FBI l'avait dans sa mire. Le 6 janvier 1964, Martin Luther est installé à l'hôtel Willard de Washington. Sa suite est «sonorisée» par le FBI. Les magnétophones de la police fédérale américaine vont enregistrer l'intégralité de l'orgie de plus de 12 heures qu'il préside. Dans son livre, Abernathy révèle que le FBI a non seulement enregistré l'orgie du Willard, mais l'a également filmée.
L'historien des droits civiques Taylor Branch, qui a eu accès au matériel du FBI, rapporte dans son Pillar of Fire: America in the King Years que King, tout à coup durant l'orgie, lance le blasphème «I'm fucking for God!» alors qu'il monte une prostituée blanche.
Comme les autres femmes trahies et humiliées de la politique américaine, Jackie Kennedy et Hillary Clinton, Coretta King accepta son sort avec résignation et protégea toujours la mémoire de son mari. Le 31 janvier 1977, elle obtint une ordonnance judiciaire plaçant sous scellé 845 pages de documents du FBI concernant son mari jusqu'en 2027, parce que ces documents pourraient détruire sa réputation. »
« La vérité est souvent cruelle. Lorsqu'elle contredit la légende entourant un héros national, les peuples aiment beaucoup mieux s'en tenir à la légende. »
Qu’ajouter ? Chaque fois que Luther King mentionnera Jésus c’est pour l’associer avec ses propres références humaines Socrate et Gandhi (qui se ressemble…)[61]. Dans une lettre écrite de prison, il met toutes les religions au même rang ; jamais il ne prêcha Jésus crucifié, ses sermons l’attestent. Les églises noires furent pour lui un moyen pour répandre un évangile purement social. Si l’on consulte en ligne les écrits de Luther King numérisés (encore partiellement)  par l’Université de Stanford on trouvera assez de preuves qu’en réalité il rejetait tous les fondements de la foi chrétienne.
Luther. Voila revenu de mode de revendiquer Luther parmi les géants de l’humanité à admirer ; sans doute parce que de ce grand révolté contre l’Église[62] ne demeure que l’apparence d’un impétueux réformateur, briseur de sacré, insoumis à l’autorité légitime, rebelle à son ordre religieux et qui bafoua ses vœux. De quoi ravir les « indignés » -comme on appelle de nos jours les conformistes de l’insurrection en dentelle, celle qui ne coûte qu’un peu de frisson rebelle sans aller bien sûr jusqu’à  transgresser les vrais citadelles idéologiques de ce temps-. Le Gendre qui fait parler ici le cardinal écrit : « Luther, l’idéaliste, eut un haut le cœur devant ces pratiques[63]. Ce fut l’étincelle qui déclencha sa révolte »[64] Page 204.
Luther idéaliste ! Décidément on nous aura infligé jusqu’à l’insoutenable car si on peut tout dire de Luther on ne saurait y voir même l’ombre d’un « idéaliste ». Qu’on en juge d’abord par les jugements de ses proches et de fidèles protestants :
« Véritablement Luther est fort vicieux; plût à Dieu qu'il eût pris soin de réprimer davantage son incontinence! Plût à Dieu qu'il eût songé davantage à reconnaître ses vices! »Calvin
« Luther est un pourceau qui grogne » Zwingli (Chef des réformés de Zurich)
« En vérité nous sommes des gueux » Luther se jugeant lui même
« Je ne saurais croire que des hommes dont les mœurs sont si contraires à la doctrine du Christ, soient guidés par l’esprit du Christ. Aujourd’hui nos évangélistes font de la fureur, s’emparent par fraude du bien d’autrui[65], excitent partout des troubles[66] et médisent même de ceux dont la conduite est exemplaire. Je vois bien des hypocrites et des tyrans, mais d’esprit évangélique, pas une étincelle » & «Tout est outré dans cette Réforme : on arrache ce qu’il faudrait seulement épurer, on met le feu à la maison pour en consumer les ordures. Les mœurs sont négligées ; le luxe, les débauches, les adultères se multiplient plus que jamais ; il n’y a ni règle ni discipline…Quelle race évangélique est ceci ? Jamais on ne vit rien de plus licencieux, ni de plus séditieux tout ensemble, rien enfin de moins Évangélique que ces Évangéliques prétendus. » Erasme, qui avait pourtant écrit « j’ai pondu l’œuf, Luther l’a fait éclore » ; il le regrettait bien ![67]
"Jamais peut-être le monde ne vit dans un même siècle une collection de misérables et de scélérats tels que LUTHER, ZWINGLE, CAL­VIN, BEZE et les autres coryphées du parti réformateur. Tous, de l'aveu même de leurs propres sectaires, étaient diffamés par les vices les plus honteux. Le seul point de doctrine sur lequel ils s'accordassent entre eux était l'inutilité des bonnes œuvres; et leur vie sert peut-être à démontrer combien ils étaient conséquents dans l'application pratique de leurs principes."  William Cobbett [68]("lettres sur l'histoire de la Réforme en Angleterre" 1829).
On raconte qu’un célèbre littérateur allemand au XIX° siècle, Werner, abandonna le luthérianisme pour le catholicisme (le petit fils de Luther en fit d’ailleurs autant) ; un haut personnage protestant, lors d’un, dîner lui dit qu’il ne pourrait jamais estimer un homme qui avait changé de religion. «Ni moi non plus, répliqua Werner ; et c’est précisément pour cela que j’ai toujours méprisé Luther ».
Idéaliste Luther ? Mais il désespérait de son salut. Peu de temps avant sa mort, sa femme (ex religieuse)  lui montrait, un soir d'été, les étoiles qui brillaient au firmament : « Vois donc, maître, lui disait-elle, combien ce ciel est beau ! -- Il ne brille pas pour nous, répondit sombrement l'hérésiarque. Est-ce, répliqua Catherine effrayée, parce que nous avons violé nos vœux? - Peut-être, dit Luther. - S'il en était ainsi, il y faudrait revenir. --- Il est trop tard ; le char est embourbé.» Et il coupa court à la conversation.
A Eisleben, la veille du jour où il fut disparut, il disait à ses amis : « J'ai presque perdu le Christ dans ces grandes vagues du désespoir où je suis comme enseveli. » Et, après une pause : « Moi qui ai donné le salut à tant d'autres, je ne puis me le donner à moi-même! »(Histoire de la vie de Luther en trois tomes - M.Audin 1850).
Lorsqu’il dut consigner sa nouvelle foi en un symbole qui rassemble sa doctrine et l’unifie il composa la fameuse Confession d’Augsbourg en 28 articles en 1530; celle-ci remaniée par la suite plusieurs fois ne put se maintenir dans son homogénéité d’origine si bien que la doctrine luthérienne, flottante et contradictoire selon les dates ne put persister inchangée. Que penser d’un fondateur qui varie dans sa pensée, Dieu n’est il pas immuable et sa Révélation est elle mouvante ? Bossuet eut beau jeu de dénoncer ces contradictions dans sa grande « Histoire des variations des églises protestantes »[69].
Il y a au couvent dominicain Sainte Marie sur Minerve à Rome une lettre de Luther à sa vieille mère. Celle-ci lui demandait « si elle devait changer de religion et adopter ses opinions nouvelles », Luther lui répondit « NON, restez catholique ; car je ne veux ni tromper ni trahir ma mère. » De même à sa mort, la mère de Melanchthon le grand disciple et ami de Luther demanda à son fils : « Je vais paraitre devant Dieu et je vous adjure de me dire sans rien me cacher, dans quelle foi je dois mourir. »Melanchthon répondit : « Ma Mère, la doctrine protestante est plus facile, la doctrine catholique est plus sûre ! ». Les enfants confessent toujours la vérité à leur Mère.
« L’idéalisme » de Luther culmine en diable –si je puis dire- dans sa doctrine contre la Messe. On sait que contrairement à beaucoup de confessions protestantes toutes nées de la faction luthérienne (calvinistes, Zwingliens, sociniens, anabaptistes etc.)  Luther crut toujours à la présence réelle du Seigneur sous les espèces après la consécration[70]mais il nia férocement le caractère de sacrifice propitiatoire de la messe. Il y voyait un sacrilège qui diminuait la valeur unique du seul sacrifice de la Croix. Cette doctrine, de qui venait-elle ? Quel théologien inspira Luther dans cette théorie si nouvelle ? Il le révèle lui-même – ce qui rend l’aveu incontestable- c’est le Démon en personne qui une nuit le convainquit du caractère sacrilège de la messe [71] ! « Il m’arriva une fois de m’éveiller en sursaut vers le milieu de la nuit : Satan était là qui, sans tarder, ouvrit la discussion : « Écoute, me dit-il, Luther, docteur savantissime. Tu sais que, durant quinze années, tu as célébré des Messes privées ; que dirais-tu si ces Messes privées étaient une horrible idolâtrie ? Que dirais-tu si le corps et le sang du Christ n’y avaient pas été présents, et que tu n’eusses adoré, fait adorer aux autres que du pain et du vin ? » (« Conférence entre Luther et le diable au sujet de la Messe » Texte intégral : http://v.i.v.free.fr/spip/spip.php?article1244)
Après une longue controverse, Luther fut convaincu et ne cessa plus de combattre la Sainte Messe. Il avait cédé au théologien cornu et demeura donc toute sa vie dans la plus extrême contradiction en croyant à la présence réelle dans l’Eucharistie, mais en niant : le sacerdoce ministériel consacré (qui seul peut produire la transsubstantiation) et la validité du sacrifice de la messe (où se fait la consécration des espèces). Il s’était enfermé dans une inextricable doctrine chuchotée par le Ténébreux.

« Qui ne sera surpris de voir que Martin Luther, homme de beaucoup d’esprit, avoue dans la Relation de cette conférence, que c’est de l’Ange de ténèbres, auteur du mensonge, et que tout Chrétien doit avoir en horreur, qu’il tient cette Doctrine (contre la Messe) ?... Je m’en rapporte aux plus zélés Protestants, ses disciples. N’est-ce pas un excès condamnable dans Luther de s’être livré à ses préventions et d’avoir abandonné le sentiment unanime de l’Église Catholique, pour suivre aveuglément les suggestions du Démon…Que les Protestants qui cherchent le vrai, qui ne craignent rien tant que de se voir trompés, ne doivent-ils pas penser à la lecture de cette pièce, reconnue et avouée pour être de Luther même ; pièce néanmoins qui fut un des motifs qui le fit passer du séjour de la vérité dans celui de l’erreur ? Que ne diraient-ils pas contre nous, s’ils avaient un semblable titre à nous opposer. »   (Avant propos de la Conférence de Luther  réimprimée en opuscule par  l’abbé Lenglet-Dufresnoy  Paris 1715 in-12.)
Ajoutons à son idéalisme les « Propos de table » (de Luther), objet d’innombrables éditions où se manifestent ses penchants orduriers, scatologiques, charnels, gloutons et voluptueux. Un ouragan de boue et d’obscénités ! Quant à son antisémitisme légendaire, si contraire au sentiment et à la pratique catholique et Romaine, il va jusqu’à demander  « que fussent réduites en cendres les synagogues avec leurs livres, et détruites les maisons appartenant à des juifs ». Il proposait de suivre les exemples français, puis espagnol et expulser les juifs du territoire allemand. Ayant d’ailleurs rappelé entre autres “propos de table” : les juifs sont “le peuple du diable” “Von des Juden et ihren Lugen” (1542).
Et n’omettons pas le scandale religieux que justifia Luther avec ses comparses protestants en légitimant la bigamie du Landgrave de Hesse qui consulta Luther sur son double mariage. Le moine factieux publia une note en 24 articles hérissée de subtilités, bourrée de citations bibliques; après avoir représenté que l'introduction de la polygamie donnerait lieu à des scandales affligeants, après avoir engagé le Landgrave à vivre dans la chasteté, on finissait par dire : « Si votre altesse est complètement résolue à épouser une seconde femme, nous jugeons qu'elle doit le faire secrètement (quod si denique vestra celsiludo omnino concluserit adhuc unam conjugem ducere, judicamus id secreto faciendum)..... C'est ainsi que nous l'approuvons (sic hoc approbamus); car l'Evangile n'a ni révoqué, ni défendu ce qui avait été permis d ans la loi de Moïse à l'égard du mariage et n'en a point changé la police extérieure, mais il a ajouté la vie éternelle, prescrivant la véritable obéissance aux ordres de Dieu et s'efforçant de réparer la corruption de la nature. » Cette consultation était signée de Luther, de Melanchthon, de Bucer... On ne peut douter qu'elle ne coûtât fort aux réformateurs, mais ils sacrifièrent tout scrupule à l'urgence de ne pas mécontenter un Prince qui était leur plus ferme appui.
Ils sacrifièrent leur Foi, et leur honneur, au caprice d’un Prince.
C’est ainsi que par une méconnaissance des faits historiques[72] on impose le portrait inexact d’un homme à l’inverse de l’idéalisme[73] qu’on lui accorde. Car la vérité c’est que Luther, loin d’être idéaliste, était un pessimiste absolu, adversaire de toute rationalité humaine car pour lui l’homme était vicié irrévocablement dans sa nature depuis le péché d’origine. L’homme était donc privé de toute participation volontaire à son salut, incapable de tout bien, même avec la grâce sanctifiante[74],ne jouant AUCUN rôle ni par son consentement, ni par ses prières, ni par ses œuvres à sa propre rédemption. D’où sa doctrine déplorable de la prédestination aveugle, son antagonisme envers la raison : "La raison, c'est la plus grande putain du diable ... qu'on devrait fouler aux pieds et détruire, elle et sa sagesse. Jette-lui de l'ordure au visage pour la rendre laide. Elle est et doit être noyée dans le baptême. Elle mériterait, l'abominable, qu'on la relègue dans le plus dégoûtant lieu de la maison, aux chiottes" (Tome IV, p. 142).
D’où aussi sa vie de péché et de désespoir puisque seul Dieu choisit ses élus sans leur coopération, la foi SEULE suffisant [75] ; dès lors qu’importe le péché : "Sois pécheur et pèche fortement, mais confie-toi et réjouis-toi plus fortement encore dans le Christ. (Lettre à J.Mélanchton).
Révolté, pessimiste foncier, désespéré, on comprend la fin tragique de Luther, pendu à son lit après une soirée trop arrosée :
« Voici donc ce qui est arrivé : Luther se trouvant à Eisleben, au milieu des très illustres seigneurs d'Allemagne, avait accordé à sa soif une trop généreuse satisfaction.  Pris de boisson, il en était absolument appesanti, et nous l'avions mené coucher, et bien accommodé en son lit… Le lendemain, arrivés près de notre  maître pour l'habiller comme de coutume, quelle  n'est pas notre douleur, quand nous apercevons  Martin Luther pendu à son lit et misérablement » étranglé! Cet horrible spectacle de pendaison  nous remplit d'effroi. Après un peu d'hésitation,  nous courons chez les princes et les compagnons de la veille, leur annoncer cette exécrable fin de Luther. Eux, non moins affolés que  nous, commencent par nous faire promettre  toutes sortes de choses et porter de nombreux  témoignages : en premier lieu, il nous fallait  tenir la chose sous silence, fidèlement, constamment, afin que rien n'en transpirât; puis, remettre au lit le cadavre souillé de Luther, mais  dégagé de sa corde; enfin, répandre dans le public qu'il était mort subitement. Riches de larges promesses, nous allions tenir notre engagement, autant par attachement et fidélité à la  mémoire de notre maître que sur la demande  des princes, n'eût été la force insurmontable  de la vérité pour nous pousser à faire autrement. La vérité peut bien quelquefois être opprimée, quand le respect humain, la peur, ou  l'espoir du lucre s'en mêlent, mais grâce au  sentiment de la religion ou au remords de la  conscience, cela ne peut durer toujours. »...Récit de Ambroise Kûntzell, familier de Luther et plus tard converti au catholicisme.
Concluons sur Luther :
« À une époque où l’on se plaît à exalter outre mesure la raison, la liberté, les forces et la dignité de la nature humaine, c’est une chose étrange de voir glorifier un homme dont le système doctrinal se réduisait à dire que le libre arbitre est une pure fiction ; que l’homme est impuissant à s’élever vers Dieu par un acte quelconque de son intelligence et de sa volonté ; que nos facultés intellectuelles et morales n’ont pas été seulement affaiblies et viciées, mais totalement anéanties par le péché originel ; que la nature humaine a été tellement corrompue par ce fait qu’il n’y reste plus une étincelle de lumière, pas un germe de bien, pas un atome de vertu, et qu’ainsi, au fond de chaque manifestation vitale de l’homme, de ses pensées, de ses paroles, de ses actions, et pour ainsi dire dans son souffle, il y le mal qui la souille et qui l’empeste, de telle sorte que tout ce qui reste dans notre volonté est mauvais, et que tout ce qui est dans notre entendement n’est qu’erreur et aveuglement Une nation qui aurait pris au pied de la lettre le pecca fortiter[76] pour le faire passer dans la pratique serait arrivée depuis longtemps au dernier degré de l’abrutissement. Qu’ils en conviennent ou non, tout ce que les pays protestants ont su conserver d’éléments chrétiens, ils le doivent à l’Église catholique. ..La vérité est que c’est l’Église catholique qui a sauvé leurs croyances d’une ruine complète, en plaçant la révélation divine sous la sauvegarde du principe d’autorité. Sa doctrine est le fonds commun où puisent tous les dissidents, alors même qu’ils en rejettent une partie pour s’attacher au reste. Si, à l’heure présente, il existe encore une seule croyance positive dans les pays protestants, elle est empruntée au symbole catholique qui, seul, la maintient dans le monde avec autorité ; tout le reste se réduit à de pures négations, et les négations n’ont jamais été ni une lumière ni une force.
« Ce n’est donc pas aux théories de Luther, aujourd’hui abandonnées de tout le monde, et fort heureusement pour l’honneur de la conscience publique, c’est à l’Église catholique gardienne du christianisme complet que nos frères séparés sont redevables de tout ce qui a survécu chez eux aux ravages de l’incrédulité. » (Mgr Freppel, Œuvres polémiques, t. 6, p. 90-108)[77].
Pour approfondir la connaissance de la philosophie et la théologie de Luther il y aura grand profit de lire « Trois réformateurs : Luther, Descartes, Rousseau »[78] de Jacques Maritain, philosophe chrétien, thomiste, fait Cardinal par Paul VI.
Voilà les hommes : Gandhi, Luther King, Luther que le monde nous donne à admirer, à aduler et à suivre. Je suis surpris qu’on n’ait pas songé à loger une autre icône aussi avariée que les précédentes puisqu’elle orne le prêt à porter de mode comme le prêt à penser de masse : le révolutionnaire  CHE GUEVARA, lui aussi tombé dans des circonstances brumeuses. Décidément les idoles de ce temps finissent toutes bien mal.
On me rétorquera sans doute, Jésus Christ aussi. OUI, mais LUI il « ressuscita le troisième jour ». Et « Il monta aux Cieux ». Cela fait une grande différence, celle qu’il y a entre une Vraie religion fondée sur les Apôtres et une forgerie montée par les journalistes.  A ma connaissance aucun d’eux n’a accepté de mourir pour authentifier son témoignage.
L’intégrisme.
On peut être chrétien, certes, mais à la condition de ne pas l'être tout à fait, c'est-à-dire en l'étant d'une manière non intégrale - n'est-ce pas ? - pour ne pas dire non intégriste. Maurice G.  Dantec[79]

Les mots et les expressions ont aussi une mode. Il fut un temps où pour affaiblir, pétrifier ou anéantir l’adversaire on le qualifiait d’ « infâme »[80], de« ci-devant » puis de « réactionnaire » ou de « clérical » puis de « fasciste ». Aujourd’hui la mode est à « l’intégriste » donné –faussement – comme équivalent à « fondamentaliste ». Il est évidemment plus facile et plus expéditif de tuer (socialement) d’un qualificatif que d’argumenter avec sa raison, ce qui suppose d’en avoir l’aptitude discursive et la compétence intellectuelle avec la connaissance parfaite du sujet.


« Le moderne bannissement de la vie publique passe par l’usage gratuit de ces appellations incontrôlées. Il en ressort que l’emploi du terme intégriste est toujours suspect. Il ne relève que d’une diffamation collective, créatrice d’un préjugé péjoratif, il est arbitraire, ne reposant sur aucune justification, il a pris l’allure d’un vice défini et connu comme tel. Celui qui l’utilise néanmoins comme allant de soi, sans motivation explicite, se désigne lui-même comme en cela disqualifié.» Jean Madiran, écrivain, journaliste et philosophe catholique 9 nov. 2011


Soumis à tous les lieux communs  des modes en cours (et en cour), O. Le Gendre et le Cardinal n’échappent pas à ce travers destiné à disqualifier à bon marché, nul n’allant y voir en général, si l’épithète est justifié (et ce qu’elle signifie).
« La tentation des groupements intégristes : préserver la pureté au dépens de l’adhésion consciente des fidèles… Oui, c’est une des caractéristiques de l’intégrisme : fantasmer une pureté qui n’existe pas et n’a jamais existé en tenant les fidèles sous le pouvoir d’un mystère auquel ils n’ont pas accès, sauf à rejoindre le petit cercle des initiés[81]. »Page 141
« …extrémistes religieux : fondamentalistes, intégristes, partisans de la théocratie. »Page 259
La première légitime question à se poser, quand on est catholique, pour juger correctement une opinion, ou une pratique, ou une doctrine est : qu’en a dit l’Église ?
Or je lance ici un défi au cardinal  et son alter ego  qui signe le livre : qu’ils me montrent où, quand et dans quel document l’Église a condamné ou seulement commenté, ou encore cité « l’intégrisme » ? Ils seront bien en peine de me répondre et leur caricature de l’intégriste  n’est donc qu’une opinion privée dénuée de valeur doctrinale sinon de sens.
Car comment comprendre ce terme, connoté aujourd’hui d’une charge péjorative par la disgrâce de la pesanteur socio-médiatique dominante, sans le relier à ses racines « intégrité » & « intègre » ?  Si vous demandiez à un « intégriste »  –mais est-il fréquentable ?- ce qu’il entend par ce terme (dont d’ailleurs il ne s’est jamais revendiqué et qu’on lui accole d’office, arbitrairement) il vous répondrait sans doute qu’il se veut « intégralement »catholique ou catholique dans son « intégrité ». Est-ce pendable ? Est-ce déraisonnable ? Est-ce une violence ? Est-ce un péché ?
Sans doute, pour le Monde, est-il préférable d’être catholique modéré c'est-à-dire, de fait,  modérément catholique. Vous savez, catholique sans excès de religion, de prière, d’ascèse (voir encadré), en un mot de sainteté car « méfiez vous des saints !»(Bernanos).
Le cardinal et Le Gendre portent sur le Bx Jean Paul II un jugement terrible à propos des mortifications qu’il s’infligeait (flagellation) : « Le Gendre : vous aviez connaissance de cette pratique de Jean Paul II ?...si ce fait est prouvé, Éminence, qu’en pensez vous ? – Cela me gênerait et jetterait, à mon avis, une ombre sur la personnalité de ce très grand Pape. » Pages 126 -.-127.
Évidemment la mortification est une pratique intégriste, rebelle à l’esprit du monde, incomprise et raillée. Une conduite extrême pour la morale du plaisir qui n’a jamais rien compris à la valeur de la souffrance rédemptrice. En effet, de nos jours,  la souffrance en tant que telle, est  insupportable, inadmissible et révoltante. Conception qui en aggrave la peine, et en fait l’antichambre de l’enfer quand elle pourrait être le vestibule du Paradis : « si les hommes connaissaient la valeur des croix, ils se les voleraient entre eux » (St curé d’Ars).
La subversion des mots précède la subversion des choses et il est inévitable qu’une société désintégrée bannisse l’intégrité et les personnes attachées intégralement à leur conviction – surtout quand ces convictions sont fondées sur le surnaturel révélé, notion que le naturalisme refoule-. Le plus étrange est que cette manière singulière d’étiqueter « intégristes » certaines catégories de croyants - mais surtout pas les intégristes du relativisme, de la libre pensée, du libéralisme religieux[82] , de la science, de l’hédonisme, les  intégristes des réformes permanentes, de la déstabilisation et de la critique - soit aussi endossée par un cardinal dont on pourrait soupçonner pourtant l’intégrisme du dénigrement. Car, qu’il y prenne garde, à ce jeu du mot assassin on devient toujours « l’intégriste » de quelqu’un.
Mais comment peut-il ignorer le nombre incalculable d’expressions[83] de la Sainte Écriture qui recommandent au contraire cette vertu ?
Josué 24:14   « Servez Yahvé avec intégrité et vérité ; ôtez les dieux qu'ont servis vos pères de l'autre côté du fleuve et en Egypte, et servez Yahvé. 
Proverbes  10:9  « Celui qui marche dans l'intégrité marche en confiance »
20 : 7 « Le juste marche dans son intégrité; heureux ses enfants après lui! »
28 : 18  « Celui qui marche dans l'intégrité trouvera le salut »
Amos  5:10 « celui qui parle avec intégrité, ils l'ont en horreur »
JOB  2 :3  « Yahvé dit à Satan: « As-tu remarqué mon serviteur Job? Il n'y a pas d'homme comme lui sur la terre, intègre, droit, craignant Dieu et éloigné du mal. Il persévère toujours dans son intégrité, quoique tu m'aies provoqué à le perdre sans raison. »
Isaïe  38 : 3 "Souvenez-vous, ô Yahvé, que j'ai marché devant votre face avec fidélité et intégrité, et que j'ai fait ce qui est bien à vos yeux!" Et Ezéchias versa des larmes abondantes. »
Ce qui est clair ici c’est que, pour O. Le Gendre,  la charité n’est pas pour les intégristes. Et c’est à eux que l’on reproche la dureté de cœur, l’intransigeance dans la doctrine (qui n’exclut pas  la douceur envers les hommes), la rigueur dans la morale, la violence dans l’expression[84] etc.
Oui l’intégrisme dans la société et dans certains milieux catholiques n’a pas Bonne Presse.[85]
Aussi, pour parfaire la défaite  du supposé « intégrisme » catholique Le Gendre n’hésite pas à utiliser l’arme hypocrite absolue de  l’amalgame classique avec l’intégrisme islamique[86]. Mais cette tactique insidieuse est une imposture intellectuelle sans mesure car nul ne peut ignorer que le problème n’est pas, dans l’Islam,  le fondamentalisme. Le seul problème dans l’islam, ce sont les fondamentaux de l’islam. Dans l’Islam, à l’inverse du catholicisme, c’est dans la doctrine même du Coran que l’on trouve la violence : « Les religions chrétiennes furent sanglantes et meurtrières en s'éloignant de leurs textes tandis que l'islam le fut en se rapprochant des siens. » Eric Conan [87]    L’intégrisme dans le catholicisme, selon ses propres Écritures, serait plutôt dans un débord d’Amour !
Plusieurs femmes nous livrent  leur vision ; elle est plus intrépide, plus exacte et plus éclairée que celle de M. Le Gendre :


 « J'ai décidé de combattre l'islam ; s'il vous plaît comprenez ma déclaration : combattre l'islam, pas l'islam politique, pas l'islam militant, pas l'islam radical, pas l'islam wahhabite, mais l'islam en lui-même... L'islam n'a jamais été incompris, l'islam est le problème. », Mme WAFA SULTAN Syrienne et musulmane alaouite, psychiatre, américaine  depuis 1989. (http://www.youtube.com/watch?v=RFN8ahYN1b0)
« Il n’y a rien à garder du coran » « Les médias occidentaux et les intellectuels font preuve de lâcheté concernant l’islam et ses dogmes »Taslima Nasreen  écrivain née en 1962 dans une famille musulmane de Mymensingh, au Bangladesh. Elle a d’abord été gynécologue puis écrivain.
 « Je connais l’Islam et pour moi cela signifie la mort et la douleur.  L’islam, fondamentalement, méprise l’être humain et la femme. »Mina Ahadi Née en Iran en 1956, se voit exclue de l’université de Téhéran où elle étudiait la médecine aux premiers jours de la révolution islamique, parce qu’elle refuse de porter le tchador.

"Les intégristes chrétiens protestent mais ne brûlent pas."C'est ce qu'a répondu le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, à un journaliste qui tentait de lui faire faire un amalgame entre les manifestants du Théâtre de la Ville (où se produit une pièce outrageante pour le Christ) et les auteurs islamiques de l'incendie des bureaux de Charlie Hebdo. (Source : I Télé 2 novembre 2011)

Mais, alors que la violence est partout, parfois voilée sous des masques doucereux et des mots lénifiants  (IVG pour avortement, euthanasie pour assassinat médical, intervention humanitaire pour guerre néo coloniale, dommages collatéraux pour bavures militaires, incivilités pour délinquance violente, jeune pour immigré asocial …), le monde moderne récuse la Force comme une peste alors qu’elle est une vertu cardinale nécessaire.[88] On ne parle plus guère, quand on évoque le Seigneur Jésus que de ses douceurs ; certes ! Mais il sut aussi montrer sa colère et sa prédication en acte ne fut pas narcotique : « St Jean 2 : 14. Il trouva dans le temple les marchands de bœufs, de brebis, et de colombes, et les changeurs assis.
 15. Et ayant fait un petit fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, avec les brebis et les bœufs; il
    jeta par terre l'argent des changeurs et renversa leurs tables.
 16 .Et il dit aux vendeurs de colombes: " Enlevez cela d'ici; ne faites pas de la maison de mon Père une  maison de trafic."
 17 .Les disciples se ressouvinrent alors qu'il est écrit: "Le zèle de votre maison me dévore."
Aujourd’hui on préfère l’eau tiède qui ne procure qu’une sensation indolente.
St Jean Apocalypse 3 : 15  « Je connais tes œuvres : tu n'es ni froid ni chaud. Plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud !  16 Aussi, parce que tu es tiède et que tu n'es ni froid ni chaud je vais te vomir de ma bouche. »
« On ne trouve la vrai religion que chez les chrétiens appelés catholiques ou orthodoxes, c'est-à-dire gardiens de l’intégrité et disciples de la justice. » (« La vraie Religion » Saint Augustin édition Via Romana aout 2010 Chapitre V p.75)
« Une autre interprétation culturelle me paraît plus respectueuse de la nature de l'homme et des relations qu’il a. Elle se place à la limite qui sépare la religion civile de la diaspora et de la clandestinité. Elle propose la manifestation de Jésus-Christ dans son intégralité – qui ne peut être réduite à aucune prise de position humaine –, elle en montre le cœur qui vit dans la foi de l’Eglise au profit du peuple tout entier.

De quelle façon? A travers l'annonce, par le représentant de l’Eglise, de tous les mystères de la foi dans leur intégralité, savamment résumés dans le catéchisme de l’Eglise.
 20/02/2011 in « Avvenire »  Cardinal Scola Archevêque de Milan.


Intermède historique sur l’anglicanisme :
Il sera utile d’examiner comment le Cardinal prétendu « historien », qui s’exprime sur le sujet qui suit, nous trace l’histoire de la naissance de l’Église anglicane. Pris en défaut une nouvelle fois sur ses analyses du passé, il ne nous en apparaitra que plus illégitime dans sa théorie de réforme fondée sur des approximations historiques.
Dès l’Entrée en matière la distraction documentaire saute aux yeux : « Le pape a reçu hier un homme qui force mon admiration. Un homme juste[89], diriez-vous, Olivier. Il s’agit du primat de la Communion anglicane, l’archevêque Rowan Williams. »Page 308.
Peut-on oublier que  Rowan Williams fut admis au sein de la Gorsedd des bardes[90], une institution qui promeut la langue et la culture galloise où il fut élevé au rang de "druide" juste avant son entrée en fonction comme archevêque de Cantorbéry.  Son admission à une fonction païenne sacrée et le cérémonial utilisé ont suscité une brève controverse parmi certains groupes d'anglicans évangéliques qui y ont vu une forme de paganisme. Mais cela ne trouble en rien le très « ouvert » cardinal en ce domaine – et fermé en d’autres. Peut on ignorer que Rowan Williams défendit des positions bienveillantes vis-à-vis de l'homosexualité avant sa prise de fonction comme archevêque de Cantorbéry dans une série de conférences qu'il a données à l'Université d'Oxford en 1989 sur le thème de la théologie de la sexualité, intitulée la grâce et le corps (The Body's Grace ; Publié en 2002 sous le titre Theology and Sexuality: Classic and Contemporary Readings (collection des Blackwell Readings in Modern Theology).
Sur la question de l'acceptation des couples homosexuels, l'archevêque dit ne pas vouloir d'une église « inclusive » mais plutôt « accueillante ». En foi de quoi il laisse consacrer Gene Robinson, ouvertement homosexuel, comme évêque du New Hampshire, avoue avoir « perdu le contrôle de la situation » lorsque le pasteur Jeffrey John homosexuel affirmé se porte candidat à l’évêché de Reading, enfin ne parvient pas à assurer la discipline de sa Communion avec la consécration d'une femme vivant elle aussi en couple homosexuel, Mary Glasspool.
En 2003, il suscita l'incompréhension en déclarant, à propos des attentats de New York  du 11 septembre 2001 que « les terroristes pouvaient avoir des objectifs moraux sérieux » et qu'il fallait éviter de les ranger systématiquement dans le camp de l'« axe du mal »[91]. En janvier 2008, Rowan Williams indique que l'introduction de la charia, la loi islamique, dans certaines parties de la législation britannique, en particulier pour les affaires familiales[92] ou financières, lui semble inévitable[93].
Enfin, Rowan Williams déclare le 24 septembre que Karl Marx avait en partie raison dans sa critique du capitalisme : "Marx a fait remarquer il y a longtemps la façon dont un capitalisme débridé peut devenir une sorte de mythe, attribuant réalité, pouvoir et moyens d'action à des choses qui n'ont pas d'existence par elles-mêmes". (« Marx was partly right about capitalism », publié dans l'hebdomadaire britannique The Spectator du 26 septembre  2008)[94]. Il eut été mieux inspiré de reconnaitre que la doctrine sociale de l’Église (catholique), mieux que Marx, et sans les vices terribles du système marxiste, avait déjà développé ce constat et proposé des remèdes chrétiens appropriés.
Le cardinal a le droit d’être admiratif d’un tel personnage mais il n’en donne pas les raisons.  Peut être, après tout, est ce justement pour les motifs que je viens d’évoquer. Cela serait d’ailleurs cohérent avec les thèmes chers à notre prélat.
On lui rappellera toutefois que son cher « homme juste » n’est « Archevêque » que de nom et pas de fait ; en effet, après une longue et minutieuse consultation, le Pape Léon XIII conclut le 18 septembre 1896 : « "Les ordinations faites selon le rite anglican ont été et sont absolument nulles et sans valeur." (Lettre Apostolique Apostolicae Curae)[95]. Longuement et minutieusement argumenté tant sur le plan historique que théologique le document détaille les arguments qui entrainent la conclusion de la nullité du pseudo sacerdoce anglican. Déjà Bossuet dans l’histoire des variations des églises protestantes avait mis en lumière les carences doctrinales, liturgiques et rituelles qui empêchaient le sacerdoce d’être validement transmis dans le rite anglican[96]. Il y a lieu d’ajouter que lorsque des membres du clergé anglican passent à l'Orthodoxie, ils sont traités comme s'ils n'avaient pas été ordonnés et doivent être ordonnés dans l'Église orthodoxe comme de simples laïcs.

Il est vrai qu’être l’ « archevêque » en chef  d’une Confession religieuse née du caprice charnel d’un Roi adultère, Henri VIII, assassin de deux Reines ses épouses, d’un Chancelier du royaume (St Thomas Moore), de plusieurs évêques, d’un Cardinal (St John Fisher), de dizaines de moines et de prêtres et des centaines de catholiques fidèles est une lourde hérédité car voilà une église née du péché, installée dans le sang –non pas de ses martyrs mais de sa propre violence persécutrice- inaugurée par un cardinal bigame [97]
« Dans l'espace de trente-huit ans de règne, Henri VIII avait fait exécuter deux reines, un cardinal, deux archevêques, dix-huit évêques, treize abbés, cinq cents prieurs et moines, trente huit docteurs, douze ducs & comtes, cent soixante-quatre gentilshommes, ­cent quatre vingt bourgeois, cent dix femmes. Il manque à ce nouveau Néron un autre Tacite. Qu'un pareil monstre soit devenu le chef d'une religion adoptée par l’Angleterre, ce pays où les intelligences sont si nobles, si élevées, où les esprits sont habitués à apprécier froidement les événements et les hommes, où l'histoire est étudiée, connue, comparée et jugée, où l’honneur national est un sentiment populaire si puissant et si vivace, c'est là un fait qui déconcerte tous les calculs, qui combat toutes les vraisemblances, qui confond la pensée et l'incline devant un de ces abîmes impénétrables de la justice divine, dont les jugements sont incompréhensibles et les voies insondables. » William Cobbet op. cité
 Mais l’histoire de cette religion singulière[98]  telle que vous la raconte le Cardinal vous laisse stupéfait. Voici donc son fabuleux récit, pages 308 & 309 :
Voilà un condensé d’histoire, mais « tout y est faux » !
Le cardinal écrit que Catherine d’Aragon « n’avait pu donner d’héritier à la couronne » mais cela est inexact car il y avait eu de leur mariage une fille,  Marie Tudor, qui d’ailleurs régna de 1553 à 1558 après la mort de son demi-frère Edouard VI. De ce fait, le pape Clément VII, le mariage étant consommé et les femmes étant aptes à régner en Angleterre, n’avait aucune raison légitime d’annuler le mariage d’Henri VIII avec Catherine d’Aragon. Loin d’être en effet « manipulé  par Charles Quint »[99] Clément VII en fut la victime puisque l’Empereur mit Rome à sac en 1527 et l’enferma au château Saint Ange d’où le pape s’enfuit pour se réfugier à Orvieto. La thèse cardinalice ne s’accorde donc avec AUCUN évènement réel, elle n’est que le fruit de son idée fixe obsessionnelle de TOUT expliquer de l’Église par des mesquineries historiques sans fondement réel. Le vrai est qu’Henri VIII était esclave d’une passion dévorante pour Anne Boleyn et cherchait tous les prétextes pour divorcer, rompant un mariage légitime avec une épouse docile, rangée et aimée du peuple anglais.
La résistance du Pape, logique et conforme à la morale et aux préceptes du Seigneur Jésus –pouvait-il en être autrement du Vicaire du Christ ?- enflamma ce Roi sanguin, rongé par sa fièvre amoureuse déréglée et le détermina à rompre avec l’unité catholique pour une femme. Quand une fois on a consommé le scandale on ne s’arrête plus en chemin : ce Roi fera décapiter deux Reines et au total en aura épousé six. Il fut le modèle de la fable de Barbe bleue.  Il est l’auteur du schisme anglican. Il est le fondateur  de cette monstruosité intellectuelle : la naissance d’une religion fondée sur un élan sexuel irrépressible.   Quand une religion a un tel fondateur il y a tout lieu de craindre qu’elle ne traîne irrévocablement quelque vice indélébile.  
Mais l’histoire à la sauce du cardinal continue dans sa légende erronée car contrairement à ce qu’il prétend Anne Boleyn  ne lui donnera pas du tout l’héritier tant souhaité : elle donnera naissance à une fille, Elisabeth, ce qui irritera le Roi et le poussera à la faire monstrueusement accuser de commerce avec son propre frère, crime d’inceste et ainsi la faire décapiter. L’héritier mâle ne lui sera donné que par Jeanne Seymour, sa troisième femme, et règnera sous le nom d’Édouard VI de 1547 à 1553.
Je recommande à l’attention des lecteurs la formule du cardinal « il s’arrangea (le Roi) pour que l’archevêque de Canterbury le reconnaisse au nom du Christ chef de l’Église et du clergé d’Angleterre ». Comme l’Archevêque Cranmer (voir plus haut) avait été choisi par le Roi qui obtint du Pape son accord –le Pape tentant d’éviter le conflit[100]-, que les opposants à son divorce étaient éliminés (Thomas More, son chancelier fut décapité pour son opposition), que les adversaires de son acte de suprématie qui consacrait sa main mise sur l’église d’Angleterre étaient persécutés et décapités on comprend que le Roi se soit en effet bien « arrangé » pour obtenir le succès de ses desseins. Mais qu’en termes galants ces choses là sont dites : le cardinal est moins indulgent avec ses frères catholiques « intégristes » qu’avec un Roi meurtrier, schismatique et adultère. C’est toute la misère de sa démarche !
Au passage remarquons  que toute la thèse historique des livres du Cardinal/ Le Gendre est fondée sur la fable de la dépendance de la Papauté à l’égard des monarchies et de sa connivence avec les Pouvoirs anciens. Or, nous découvrons ici –une fois encore et ce ne sera pas la dernière- que l’histoire s’écrit à l’inverse : c’est la lutte des autorités humaines pour imposer leur concupiscence (pouvoir, gloire, argent, possessions et passions) au pouvoir moral et la résistance farouche mais pacifique et spirituelle du Pouvoir catholique aux prétentions Princières. L’histoire de la naissance dans la luxure de la religion anglicane dément toute la construction historique des livres d’O. Le Gendre. Pouvions-nous douter de la vanité de cette vision déloyale de l’histoire ecclésiastique ?
Car, en vertu de sa mission, le Pape Clément VII refusa de troquer l’intégrité du sacrement contre l’achat de la complaisance d’un Roi puissant. Le Pape et la religion catholique y perdirent un grand pays qui quitta leur communion mais ils préservèrent la fidélité à Jésus et l’honneur de l’Église.
 Une petite perte, et un immense gain ![101]

Pour en finir avec l’anglicanisme écoutons ce que nous en dit in fine le cardinal : « La souplesse de la structure de l’Église anglicane pourrait aussi tenter ceux qui jugent la nôtre trop rigide, et le peu de différences dogmatiques entre les deux Églises pourrait faciliter cette migration » page 311.
Je regrette d’avoir à dire ceci : cette assertion dénote une aussi grande faiblesse théologique que celle qui vient d’être démontrée dans le domaine historique où pourtant le cardinal se prétend expert. Pardon de le lui signifier ainsi, mais RIEN dans son analyse de l’anglicanisme n’est acceptable :
-          La souplesse qu’invoque le cardinal n’est, de fait, qu’une fragmentation disciplinaire et doctrinale permettant tout et son contraire et révélant plutôt la vulnérabilité d’une religion désormais à la dérive, sans aucune unité. Ni dans sa structure, dépourvue de cohésion[102] ni dans sa doctrine pulvérisée en croyances opposées, l’anglicanisme ne présente la physionomie d’un corps homogène ; il n’y a plus d’autorité reconnue –s’il y en eut jamais- et il n’y a plus de communauté de foi, les doctrines les plus opposées se disputant la légitimité. Comment un tel organisme manifestement en état de désagrégation et de dégénérescence pourrait il attirer ? D’ailleurs le cardinal ne sait pas si bien dire  puisqu’il écrit « tenter ceux qui…», or tenter c’est « entraîner au mal, au péché ». En voulant être trop bon pour l’anglicanisme, le prélat lui donne, de fait le coup de grâce. Ce n’était pas, manifestement, son intention mais il arrive parfois que les mauvaises actions conduisent à se tirer la balle dans son propre pied.
-« Peu de différences dogmatiques entre les deux églises» c’est nier la position officielle[103] et opposée au catholicisme de la religion anglicane sur les questions essentielles du dogme telles que la présence réelle, l’efficacité de la Transsubstantiation, l’Immaculée Conception, l’Assomption, le culte à la Très Sainte Vierge, la Primauté de Pierre, l’Infaillibilité pontificale, le sacerdoce ministériel, la valeur de la Tradition dans la Révélation, le célibat ecclésiastique, l’intercession des saints et des anges, le culte des images…
-          Enfin le cardinal qui ne voit que le pire dans notre Église – et le meilleur dans les autres- nous fait assister au risque « de migration »[104] des catholiques vers  l’anglican ; moi je ne vois DE FAIT que l’hémorragie des anglicans vers notre Église, par milliers, prêtres et évêques en tête. Alléluia !  ils reviennent au bercail, la promesse du Sauveur « il n’y aura qu’un seul troupeau » est en cours. Quant au célibat, le cardinal prévoit qu’il va –espère-t-il- être ébranlé par l’arrivée des anglicans chez nous, avec l’entrée dans notre Église de prêtres mariés dans l’anglicanisme. C’est ce que l’on nomme « prendre ses désirs pour la réalité » car c’est encore ici l’inverse qui est en cours : l’Église catholique, bonne mère, accueille les prêtres et évêques anglicans mariés (elle accepte la conversion en l’état avec charité), elle ordonne au sacerdoce les arrivants (puisque leur sacerdoce était invalide) mais ne confirme pas dans l’épiscopat les évêques mariés qui demeureront seulement prêtres & n’ordonnera à l’avenir au sacerdoce que des laïcs non mariés. C’est donc le célibat  qui va « migrer »vers l’anglican et non le contraire.

AFP Mis à jour le 15/01/2011 à 17:51 : « Trois évêques anglicans, convertis au catholicisme en raison du virage "libéral" de leur hiérarchie, ont été ordonnés prêtres aujourd'hui en la cathédrale de Westminster à Londres, un nouvel épisode des relations tumultueuses entre l'Eglise anglicane et Rome… "Cette journée unique marque une nouvelle étape dans la vie et l'histoire de l'Eglise catholique", a déclaré dans son homélie l'archevêque Vincent Nichols, lors de cette cérémonie à laquelle assistaient des centaines de représentants du clergé. Les trois évêques étant tous mariés et pères de famille, ils ne peuvent conserver leur rang au sein de l'Eglise catholique et ont donc été ordonnés prêtres.

Admirons à sa très grande valeur l’humilité des convertis, qui confirme la grande sincérité de leur conversion, puisque dans leur démarche ils vont perdre leur fonction épiscopale. Ils ont choisi la vérité au mépris de leur rang. Dieu exaltera leur choix, n’en doutons pas.

Newman par M. l’Abbé Jean-Pierre Herman :
On oublie souvent que le cadre de toute sa réflexion théologique, comme du chemin qui l’amènera finalement à Rome, a été la célébration liturgique et la découverte progressive de ses sources et de ses développements ultérieurs.
Dans le Tract 11, The Visible Church, il déclare que l’unité de l’Eglise se rend visible dans la liturgie. Celle-ci, d’après lui, n’est pas seulement un agencement arbitraire d’éléments épars, mais une juste expression de la louange, qui prend sa source dans l’Eucharistie et les autres sacrements.
Dans sa période anglicane, la réflexion constante sur l’essence de ce qu’il appelait The Church catholic a renforcé sa conviction que la liturgie est au centre de la foi et de la mission pastorale de l’Eglise. L’Eglise est, pour lui, la communauté de la louange : la Church catholic est par nature sacramentelle et liturgique. L’un des critères essentiels pour vérifier l’authenticité d’une église est la qualité de sa liturgie.
Son intérêt grandissant pour la liturgie, tant dans le soin apporté à la célébration des offices anglicans que dans son intérêt pour la liturgie romaine, a clarifié de plus en plus sa perception de la Church catholic, la véritable Eglise du Christ. Il a clairement compris la corrélation entre la liturgie que célèbre la communauté et son identité ecclésiale. Ce que le Père Alcuin Reid, dans son chef d’œuvre de synthèse, a appelé The Organic development of the Liturgy, Newman l’a compris comme constitutif de l’identité même de l’Eglise et de son caractère d’Eglise unique du Christ.
Il y a une interaction constante entre liturgie et foi : la prière de l’Eglise, tout au long de son histoire, exprime sa foi telle qu’elle la proclame et la précise, et c’est la foi qui est à la source de la liturgie. La liturgie a une fonction normative pour former à la foi. Newman était très sensible à la manière dont la foi de l’Eglise s’est développée de manière systématique. C’est, en partie, en découvrant la liturgie et la manière dont elle exprime la foi de l’Eglise, qu’il est parvenu à cette intuition. La liturgie, dans son évolution, porte en elle l’évolution de la foi de l’Eglise. Elle exprime la foi de l’Eglise, et c’est cette foi qui lui donne son contenu.
« Je regardais l’Eglise de Rome : avec ses rites, ses cérémonies et ses prescriptions, et j’ai dit « ça, c’est la religion ». Puis j’ai jeté un regard sur notre pauvre église anglicane, pour laquelle j’avais travaillé avec tant de zèle et à laquelle j’appartenais inconditionnellement. Et malgré mes tentatives de lui donner une base doctrinale et esthétique, elle me semblait la pire des inconsistances. » Bienheureux Cardinal Newman (Apologia pro vita sua).

 

Passim, quelques mises au point :

-Vérité religieuse : « Je remarque qu’il y a des vérités dans d’autres religions et, aussi, dans le cœur des hommes »page 253
Certes ! Si les fausses religions ne présentaient que des erreurs et des faussetés, elles ne seraient pas attractives, crédibles, trompeuses, car le mensonge à l’état pur, l’erreur absolue ne sont pas séducteurs[105]. Il faut donc quelques bribes de vérité, parfois dans un océan de méprise et d’égarement, pour attirer le chaland. C’est ce que notre Église a TOUJOURS affirmé. Et répété dans la « Déclaration Dominus Iesus » de la Congrégation pour la Doctrine de la FOI le 6 août 2000 :
Les fidèles sont tenus de professer qu'il existe une continuité historique — fondée sur la succession apostolique — entre l'Église instituée par le Christ et l'Église catholique: « C'est là l'unique Église du Christ [...] que notre sauveur, après sa résurrection, remit à Pierre pour qu'il en soit le pasteur (cf. Jn 21,17), qu'il lui confia, à lui et aux autres apôtres, pour la répandre et la diriger (cf. Mt 28,18ss.), et dont il a fait pour toujours la “colonne et le fondement de la vérité” (1 Tm 3,15). Cette Église comme société constituée et organisée en ce monde, c'est dans l'Église catholique qu'elle se trouve [subsistit in], gouvernée par le successeur de Pierre et les Évêques qui sont en communion avec lui .
Par l'expression subsistit in, le Concile Vatican II a voulu proclamer deux affirmations doctrinales: d'une part, que malgré les divisions entre chrétiens, l'Église du Christ continue à exister en plénitude dans la seule Église catholique; d'autre part, « que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures »,55 c'est-à-dire dans les Églises et Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l'Église catholique.56 Mais il faut affirmer de ces dernières que leur « force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l'Église catholique ».« les éléments de cette Église déjà donnée existent, unis dans toute leur plénitude, dans l'Église catholique et, sans cette plénitude, dans les autres Communautés »
Autrement dit, c’est dans le catholicisme que l’on trouve TOUTE la vérité dans son INTEGRITE, ailleurs il y a DE la vérité, mais seulement en PROPORTION de la proximité avec le catholicisme. Il est stupéfiant qu’un cardinal ignore ou bafoue cette doctrine capitale du catholicisme et qui, de plus, fait l’objet d’une obligation DE FOI.
De même si l’homme dans son cœur mais aussi dans sa raison, n’était que sophisme et déviation il compromettrait son propre équilibre naturel qui requiert le Vrai & le Bien pour la santé mentale et morale de son existence. C’est dans la mesure de sa proximité et de son accord substantiel avec le Vrai et le Bien que se bâtit puis se consolide son harmonie existentielle ; ce sont l’erreur intellectuelle et affective et le péché qui engendrent dépression et névrose.
-Les croisades : «Regardez les croisés qui proclamaient haut et fort leur volonté de délivrer le tombeau du christ par la force et la violence, qu’enseignaient il, sinon le contraire de l’enseignement de celui dont ils se réclamaient ? » page 251-252.
-«  A quoi rime de monter une expédition militaire pour délivrer un tombeau vide ? »Page 205
Les croisades font toujours l’objet du coup de pied obligé, facile et sans risque de tout conformiste moderne  qui abhorre la force des siens et vénère celle des autres. Les soldats de Christ, non seulement, délivrèrent le Tombeau[106], vide[107] mais adorable, mais aussi  stoppèrent pour un siècle la submersion de la Méditerranée par l’Islam qui se répandait irrésistiblement, les armes à la main et la conversion forcée.
L’erreur première et constante des détracteurs des croisades est de considérer un évènement survenu il y a 900 ans avec une grille de lecture contemporaine sans prendre en compte les mentalités et les situations géopolitiques de ces Temps anciens ; cette distorsion temporelle fausse tout jugement. Cessons de persécuter notre passé avec notre état d’esprit indulgent aux coupables et implacable aux victimes.
La deuxième erreur, qui est un vice moral, est de chercher systématiquement la faute chez les siens et d’ignorer la responsabilité de ceux d’en face. Car dans une guerre –ce que furent les croisades- il y a lieu de rechercher d’abord qui est l’agresseur : « le véritable auteur d’une guerre n’est pas celui qui la déclare, mais celui qui la rend nécessaire. »(Montesquieu).
 La troisième erreur est d’estimer toute guerre injuste (surtout d’ailleurs celle faite par les chrétiens !) ; mais la guerre est aussi « un état dans lequel on poursuit son droit  par la force » (Vattel « le droit des gens » Paris 1830) et l’église n’a jamais condamné la guerre juste dont St Thomas d’Aquin a fixé les conditions.[108]
Munis de ses réflexions générales la compréhension des croisades pourra contenir en quelques dates et tableaux :
-          En 632 quand meurt Mohammed  TOUTE la Méditerranée  est chrétienne y compris JÉRUSALEM. (carte n°1)
-          En 760 soit en l’espace d’UN siècle les deux tiers (2/3) de la Méditerranée sont Musulmans ! L’Islam a pris pied en Europe depuis 711 par l’invasion militaire déferlante de l’Espagne. Il ne sera stoppé qu’en 732 à Poitiers sauvant l’Europe d’un investissement total. Tous les diocèses chrétiens d’Afrique et du Levant, alors plus nombreux que ceux d’Europe, sont anéantis. La conversion forcée des populations a été faite en quelques dizaines d’années. Les pertes religieuses furent irréparables quand on se souvient que la plupart des Pères de l’Église, ces théologiens géants, venaient d’Afrique et du Levant, notamment le dernier d’entre eux Saint Augustin évêque de Carthage (future Tunisie)[109].
-          La poussée musulmane, interrompue  par la guerre des Francs  en Europe du sud (France, Espagne, Portugal), se poursuit alors vers les Balkans jusqu’à la prise de Constantinople (« un malheur qui nous est arrivé hier » Princesse Bibesco).
Les croisades ne furent qu’une riposte de légitime défense[110] de la Chrétienté pour protéger sa religion, sa civilisation et son espace.

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